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PAUL GAUGUIN - JE SUIS UN SAUVAGE de Marie-Chrisitine Courtès [critique]

Est-il encore besoin de louer la qualité des documentaires signés ARTE Éditions ? Une nouvelle fois, grâce à la chaîne franco-allemande, je me sens un peu plus fraîche et culturée... Surtout un peu plus culturée en fait.

En effet, le travail de réalisation, avec l’animation des tableaux pour mieux illustrer et mettre en valeur le propos, rend le documentaire tout bonnement fascinant. Propos, par ailleurs énoncé lentement mais pas de façon monotone pour autant genre « on-va-tous-mourir-c’est-pour-ça-que-j’essaie-de-vous-hypnotiser-avec-ma-voix ». Que nenni ! Grâce à l’habile truchement de ce procédé, on ne se retrouve pas largués au bout de deux phrases : même un enfant de 11 ans génétiquement pas aidé et son parent intellectuellement à l’agonie ont réussi à suivre et à piger des trucs alors c’est dire si c’est bien foutu et pédagogique ! Bon, c’est vrai que le petit de 3 ans n’a rien compris, il a reconnu Jesus, une poule et un bateau mais, en même temps, il n’avait qu’à faire la sieste.

Bref, de sa petite enfance à Lima à sa mort aux Marquises, en passant par son amitié fissionnelle avec Van Gogh, le film retrace donc la vie de Paul Gauguin à travers ses tableaux et sa correspondance.

Et heureusement qu’il faut essayer de toujours dissocier l’artiste de son œuvre (Coucou Roman ! Coucou Woody ! Coucou... oh la la, y’a du monde...) parce que le bougre était tout de même un sacré connard (ce qui jure particulièrement avec sa légère ressemblance avec Jean Rochefort... que d’aucuns considèrent tout de même comme ayant été un type vachement sympa) :

Paulo apparaît totalement imbu de lui-même, moralisateur comme pas permis vis à vis des colons en Polynésie alors que, dans les actes, il ne pouvait guère se vanter d’être mieux. Précurseur du tourisme sexuel au frais de l’Etat Français sur des gamines de 13 ans vendues par leurs mères, il se prend parallèlement carrément pour le Christ (en toute simplicité). Il passe aussi visiblement beaucoup de temps à geindre, se plaindre et se poser en victime du sort qui s’acharne sur lui, tout en faisant tout son possible pour entretenir ce misérabilisme d’artiste maudit... Non Paulo : n’est pas Claude Lantier qui veut !

PAUL GAUGUIN - JE SUIS UN SAUVAGE de Marie-Chrisitine Courtès [critique]

A son palmarès, on peut ajouter qu’il abandonne également allègrement sa famille, sauf le petit Clovis de 6 ans, étrangement, qu’il embarque avec lui mais qu’il abandonnera quand même un peu plus tard dans un pensionnat à Paris pour partir en Bretagne (c’est vrai que c’est fou ce que ça peut être encombrant et handicapant en terme d’épanouissement artistique et personnel, un chiard). Notons qu’il pousse aussi légèrement Vince à se couper l’oreille, dilapide un héritage providentiel pour faire la teuf à Paname tout en envoyant ouvertement chier sa femme qui lui demandait de l’aider financièrement à élever leurs cinq gosses à Copenhague (Clovis étant finalement rentré au bercail grâce à l’habile truchement d’un Jokakid®)...

Bon en même temps, elle l’avait sans doute bien cherché, la gueuse, à faire sa chieuse de bourgeoise oisive au moment où Paulo perd son boulot de banquier à Paris et qu’il lui annonce qu’il veut devenir peintre à Rouen : elle aurait pu se sortir les doigts du cul et essayer de bosser (ou au moins de se prostituer comme dans COCOTTES ET COURTISANES DANS L’ŒIL DES PEINTRES) pour subvenir aux besoins du ménage au lieu de retourner chez papa-maman au Danemark. Non mais quel manque d’ambition quoi !

Ainsi, ce parcours de vie, si tumultueux soit-il, entre forcément en résonance avec sa peinture... Ceci-dit, s’il n’avait pas peint, il n’y aurait sans doute pas eu trop de raisons pour qu’on reparle du bonhomme.

Et c’est ça qui est passionnant : découvrir ses influences, de l’Égypte ancienne aux estampes japonaises, voir comment ses choix et ses attitudes ont conditionné son art, comprendre son cheminement vers le synthétisme, apprendre, enfin, que ce sont des aplats de couleurs cernés de noirs, un refus du détail, et une volonté du peintre de représenter son impression et non la réalité... avec des momies péruviennes dedans.

PAUL GAUGUIN - JE SUIS UN SAUVAGE de Marie-Chrisitine Courtès [critique]

En complément, avant ou après (peut-être plus après pour ne pas vous spoiler le doc), le dvd propose un épisode de la fabuleuse émission « Les petits secrets des grands tableaux » sur l’œuvre « D’où venons-nous ? Que sommes nous ? Où allons-nous ? », chère à Dan Brown dans son dernier bouquin (on a les références et les traumatismes littéraires qu’on peut). Avec une citation de Victor Segalen qui résume assez bien le personnage :

Gauguin fut un monstre, c’est à dire qu’on ne peut le faire entrer dans aucune des catégories morales, intellectuelles ou sociales qui suffisent à définir la plupart des individualités.

Voilà, pas mieux.

Où vous apprendrez, vous aussi, qu’un oiseau blanc tenant dans sa patte un lézard représente en réalité l’inutilité des vaines paroles.

PAUL GAUGUIN - JE SUIS UN SAUVAGE de Marie-Chrisitine Courtès [critique]

« L’inutilité des vaines paroles »... Vous avez trois heures.

Pour tout néologisme et autre approximation sémantique, se reporter au lexique.

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