L'APOTHICAIRE d'Henri Lœvenbruck [critique]

Publié le par Odi-Wan

Andreas Saint Loup est apothicaire (comme le Port-Salut, c'est marqué dessus). Un jour il découvre une pièce vide dans sa maison dont il avait complément oublié l'existence ainsi qu'un tableau le représentant aux côtés d'un gros espace vide. Alors par l'habile truchement du destin, des intrigants de la cour du roi Philippe IV (le persécuteur de Templiers) et des secrets liés à sa naissance, il va se retrouver embarqué dans un road trip à travers la France, l'Espagne (et plus si affinité), le tout flanqué de deux jeunes gens, à la recherche du personnage manquant dans son tableau et dans sa vie.

L'APOTHICAIRE est un livre franchement déroutant car il s'amuse à mélanger les genres : à mi chemin entre l'épopée médiévale ou le récit de voyage en prose pour l'usage du vieux françouais et le sujet-même du livre (le vrai-faux pèlerinage, la quête initiatique...), et le roman-feuilleton payé à la ligne pour les longues (très longues) et nombreuses (très nombreuses) descriptions (voire accumulations), l'auteur jouent à la fois sur les vannes et autres expressions fleuries anachroniques savoureuses (genre "Je m'en tape jovialement les bourses", qu'il serait de bon ton de diffuser et de démocratiser au plus vite), les apartés où il interpelle directement le lecteur et un côté philosophico-métaphysique-gnan-gnan-l'âme-du-monde insupportable qui allume chez moi tous les signaux d'alerte : ATTENTION ATTENTION, CECI N'EST PAS UN EXERCICE, CE ROMAN POSSEDE DES SIMILITUDES INDÉNIABLES AVEC L'ALCHIMISTE, VEUILLEZ GARDER VOTRE CALME ET VOUS DIRIGER VERS LA SORTIE LA PLUS PROCHE.

Le héros (ou l'anti-héros), Andreas, ressemble en de nombreux points à Gregory House (de la série éponyme pour les trois du fond qui ne posséderaient pas cette référence ô combien intellectuelle) pour son irrévérence, son addiction à la vicodine de l'époque, son aura sur les nanas pas trop bêtes à peine pubères (mais pas physiquement où là c'est plus un pré-quadragénaire chauve... Un peu comme Homer Simpson... En moins jaune... Et en moins gros... Et puis en moins con).

Un livre qui donne étrangement envie de relire les rois maudits (pas d'en revoir l'adaptation télé, faut pas charrier).

Mais là où le bât blesse c'est que trop de descriptions tue la description, casse le rythme de lecture voire les jambes du lecteur. Parce qu'énumérer à chaque nouvelle ville traversée par les personnages toutes les professions qu'ils peuvent y croiser, ainsi que les styles de portes, de façades et de linteaux, à terme, ça devient légèrement lassant... Et si l'on veut vraiment faire du mauvais esprit, on pourrait même croire que l'auteur utilise ces énumérations comme prétexte pour caser des références érudites du mec qui a effectivement réalisé le pèlerinage à Saint Jacques de Compostelle, qui a vachement bien potasser son sujet et qui tente d'amortir à fond son voyage.

Mais, parallèlement, il fait preuve d'une grande autodérision, comme s'il était conscient qu'en imitant ce style un poil pompeux, c'est chiant.

L'APOTHICAIRE d'Henri Lœvenbruck [critique]

Et pourtant, malgré toute la sympathie que j'ai pour son auteur (que j'avais entendu en interview dans LA MORINADE, cette émission de radio tellement géniale qu'on était 4 et demi à l'écouter) et le respect que j'éprouve pour les gens qui ont le talent (et les couilles) d'écrire des romans, pour la somme de travail et de recherche que cela représente, je n'ai pas accroché, allant jusqu'à m'adonner à une pratique sacrilège (bien qu'autorisée par Daniel Pennac) : lire en diagonale.

Alors voilà, maintenant je me sens sale et je me dégoûte. C'est malin !

L'APOTHICAIRE d'Henri Lœvenbruck [critique]

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Steph 10/09/2016 22:07

C bien tu as été courageuse ( de lire en diagonale....

Odi-Wan 10/09/2016 23:51

Et bienveillante... Comme Cendrillon ?!?
Disons que j'ai été vachement déçue en réalité... Parce que le type avait l'air tellement sympa et intéressant que je devais certainement en attendre autre chose (que je trouverai peut-être dans ses autres romans).

Laelle 10/09/2016 22:03

J'ai fait ce pélerinage qui m'a permis de répondre à certaines questions, alors pourquoi pour ce livre.

groupons 10/09/2016 22:02

Je connais Saint-Jacques de Compostelle, nous avons emprunté une partie du chemin pour aller chez mes beaux-patents, ma fille avait été malade en voiture. Comme pour le chemin de Compostelle, il faut se laisser bercer.

Odi-Wan 11/09/2016 01:32

Cocculine... Paraît que c'est efficace

Béa 10/09/2016 21:59

Dois-je rappeler que la lecture en diagonale est une hérésie pour les personnes atteintes du syndrôme du bon élèves, vous lirez trois Balzac pour expier votre pécher, mais avec Honoré on n'a pas besoin de sauter les description, elles font parties de l'âme du texte.

Odi-Wan 10/09/2016 23:47

Tout comme Zola... Mais ce ne sont pas les descriptions qui posent problème ici : ce sont les énumérations !

LéaS 10/09/2016 21:57

L'alerte alchimiste m'a beaucouo fait rire, vous savez desuite faire immerger des images qui à leur tour entraînent un univers...er ce sans desvriptions laborieuses, c'est ça le talent de l'écriture et comme dirait un de mes amis :" tu as un univers, je te veux dans ma team"

refman 10/09/2016 21:53

Sauter des pages c'est un sacrilège comme manquer une image d'un film mais si une description ne parvient pas à légitimer sa place, alors c'est l'auteur qui déchoit

FD 10/09/2016 21:51

Si ce livre ressemble à l'alchimiste, je n'emprunterai pas les uscita rescue

Odi-Wan 10/09/2016 23:53

Loin de moi l'idée de porter quelque jugement négatif que ce soit sur les personnes qui ont aimé L'alchimiste !

Franck 10/09/2016 21:50

J'aime beaucoup Homer Simpson

Odi-Wan 10/09/2016 23:55

Moi aussi :)

Adéle 10/09/2016 21:49

Ne vous torturez pas pour quelques diagonales ou sauts de pages, la fée des bons élèves ne vous retirera pas vos diplômes et vous ne serez pas interrogée sur la description de la rue principale de la troisième ville...quoique, mon dieu, je me sens sale à mon tour...

Odi-Wan 10/09/2016 23:56

"Nous avons été [sales], toutes les deux"