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LA RAGAZZA DEL TRENO di Paula Hawkins (LA FILLE DU TRAIN) [critique]

Ou le retour de Super Colère (avec une cape).

Rachel prend le train tous les matins pour aller travailler à Londres (et tous les soirs, pour rentrer, forcément), enfilant les gin tonic comme d'autres enfilent les perles (qu'elle enfile aussi fort bien par ailleurs). Tous les matins (et tous les soirs, forcément itou...), le train s'arrête au niveau d'une rangée de maisons bordant la voie ferrée (lapalissade !). Et dans une de ces maisons habitent Jess et Jason, couple modèle, idéal et idéalisé par Rachel auquel elle a inventé une vie aussi intéressante que la sienne est à chier, ce que tout un chacun fait quand il s'emmerde. Sauf que le jour où Jess (qui s'appelle en réalité Megan) disparaît, elle décide de faire totalement ingérence dans l'enquête et dans la vie de son mari éploré Scott (et pas Jason). Ce que tout un chacun ne fait absolument pas même quand il s'emmerde.

LA RAGAZZA DEL TRENO di Paula Hawkins (LA FILLE DU TRAIN) [critique]

Déjà, j'ai vraiment du mal avec les romans écrits à la première personne : je crois que je suis définitivement traumatisée par la "beaucouptroplogie" CINQUANTE NUANCES DE GREY...

Peut-être aussi parce que j'ai lu le premier opus et le bouquin dont il est question aujourd'hui dans leur traduction italienne (quitte à lire une traduction bla-bla-bla...), qu'ils possèdent tous deux ce phrasé et cette sonorité caractéristiques qui a pour résonance immédiate de faire irrémédiablement virer tous mes voyants au rouge et qu'il y a tellement de similitudes flagrantes tant dans le style d'écriture (ou l'absence de style d'écriture ?) que dans les personnalités des narratrices (ou l'absence de personnalité des narratrices ?) qu'il me vient une profonde envie de vomir et de pleurer en me roulant en boule dans un coin de la pièce et en espérant pouvoir montrer à un psychologue où le méchant roman m'a touchée.

Et puis si je veux lire des histoires navrantes de nanas psychopathétiques tendance alcooliques qui vont sur la quarantaine et qui ont des problèmes d'obsessions nombrilistes, de relations sociales, de victimisation ou de dépendances aux expériences extraconjugales, j'ai juste à ouvrir mon fil d'actualité Facebook (ou à faire une toute petite autocritique mais avec laquelle je ne casserai les couilles à personne dans un livre c'est promis).

Alors c'est sûr que l'on pense au GONE GIRL de Fincher et on peut aisément se dire qu'en transposant de fait le récit à la troisième personne, cette histoire ferait un bon scénario de film... Bien meilleur que le roman en tout cas.

Mais pour le reste, ils s'agit tout de même de 306 pages de clichés sur la femme, réduite au rang d'objet sexuel décérébré, et de réflexions absolument pas métaphysiques mais extrêmement égocentriques, référencées à la manière d'un journal intime avec une suite d'entrées datées pas nécessairement dans l'ordre chronologique, d'introspections de gamines de 5ème un peu attardées, de "et je lui ai dit ça, alors il m'a dit ça, et puis je lui ai répondu ça, alors j'ai fait ça mais en fait si je lui avais dit ça, alors il aurait répondu ça, et puis j'aurais pu lui dire ça, bon allez je l'appelle pour le lui dire, ivre morte, à 3h du matin", de "oh mon dieu, je me sens trop mal, je n'aurais pas dû picoler comme un trou, je ne me souviens de rien, je m'en veux terriblement, il faut que ça change, je vais aller acheter à boire pour me donner du courage pour reprendre ma vie en main" , de "j'me fais chier, j'vais voir un psy, chui pas une fille bien, j'vais voir un psy, je continue à faire de la merde, j'vais voir un psy, mais en fait chui trop fière de moi, j'vais voir un psy", de "je la déteste, elle veut ruiner ma vie et mon bonheur, à moi, merveilleuse petite oie blanche qui a fait son nid dans son nid" (c'est pas le coucou qui fait ça ?), de "je n'avais pas trop envie de faire l'amour après l'accouchement, et puis j'avais quelques kilos en trop et je ne me maquillais plus, alors après tout c'est complètement de ma faute s'il me trompe"...

Le tout doublé d'un ramassis d'analyses dignes des meilleurs (ou des pires, c'est selon) commentaires sur les réseaux sociaux ou les articles de journaux en ligne, sans les fautes d'orthographe ou l'écriture SMS, de ceux qui n'ont rien à voir avec les faits mais qui ont un avis certain sur le sujet et qui le partagent, l'assènent comme une vérité absolue. Pire : qui agissent en fonction. Et pour ce faire, il faut vraiment avoir que ça à foutre.

Et justement : nos Desperate héroïnes sont toutes trois des nanas qui s'emmerdent sec et qui n'ont rien d'autre à faire que de s'autoflageller inutilement, de répéter inlassablement les mêmes erreurs, de se reflageller, de se torturer l'esprit et ce jamais dans le bon sens, évidemment, de se contredire toutes les trois pages (quand ce n'est pas toutes les trois phrases) et d'être tellement obnubilées par leurs petites problématiques internes qu'elles ne s'aperçoivent même pas du très gros potentiel à perversion narcissique au centre de leurs vies...

Et nous aussi, finalement, tout occupés que nous sommes à essayer de choisir qui de Megan, Rachel et Anna est la plus conne ou la plus insupportable.

Alors est-ce le signe que le roman n'est pas si mal foutu ? Et surtout est-ce véritablement le but recherché ?

Parce que la bonne grosse branlette intellectuelle (pas très intellectuelle en somme), de celle qui comble le vide infini de l'oisiveté culturelle, ça ronge pas mal le cerveau du lecteur (ou ça le liquéfie). Et on ne va pas se mentir : déjà qu'écouter ce genre de lamentation ou les imposer à autrui, au sein d'une relation amicale, c'est incroyablement chiant de vacuité et improductif, alors retranscrit dans un livre c'est tout bonnement s'infliger une sorte de double peine, où l'on aurait perdu son temps et où on aurait même pas aidé une copine (ou alors simplement l'auteur, à la rigueur, à s'acheter un manoir).

LA RAGAZZA DEL TRENO di Paula Hawkins (LA FILLE DU TRAIN) [critique]

Alors est-ce parce qu'il n'y pas un seul personnage sympathique ou au moins un tout petit peu positif que ce roman vous pousse à haïr le genre humain dans son entier ? Est-ce pour cela qu'il m'est apparu aussi détestable ? Est-ce une sombre histoire de jalousie matinée d'incompréhension (voire d'incrédulité) de constater une énième fois que ce genre de bouquins fonctionne à fond, que c'est même un best-seller adapté au cinéma ? Est-ce parce que je ne suis toujours pas foutue de me sortir les doigts du cul pour écrire un roman ?

Bref, il faut vraiment que j'arrête d'aller au bout des livres que je n'aime pas... Saint Daniel Pennac, aide-moi !

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