"Le film qui a un titre vachement long qui finit par TS SPIVET" de Jean-Pierre Jeunet [critique]

Publié le par Odi-Wan

"Le film qui a un titre vachement long qui finit par TS SPIVET" de Jean-Pierre Jeunet [critique]

Certains râleront sûrement à propos du rythme. D'autres (peut-être les mêmes) à propos de l'histoire...

Même s'il est vrai qu'il ne se passe pas grand-chose en terme de cascades, poursuites et autres explosions, rappelons juste que c'est un film de Jeunet : on y attend et on y recherche autre chose, de la poésie, de l'émotion, de la nostalgie aussi...

Ainsi, j'ai retrouvé ce ton propre au réalisateur, cette innocence, ce côté "parenthèse enchantée", cet optimisme, cette façon de repeindre le monde avec des yeux d'enfants (pas littéralement, on est pas dans Saw & Cie), envers et contre tout.

L'utilisation de la 3D vient sublimer tout ça et les prises de vue sont magnifiques.

Pour la première fois (ou en tout cas, c'est suffisamment rare pour le souligner), l'enfant différent (super intelligent en l'occurrence) n'est pas une victime, un phénomène de foire ou une caricature genre geek ou grosse tête de nœud. Il n'est pas non plus Asperger (comprendre dans le sens où il éprouverait de grandes difficultés d'intégration et d'interactions sociales ou une incapacité à ressentir de l'empathie ou à exprimer des émotions "normales" à la manière de Sheldon Cooper ou Spencer Reed... Faut que j'arrête les séries). Non c'est juste un gamin normal, fantasque, avec des préoccupations, des sentiments et des peurs d'enfant, qui aime grimper aux arbres et comprendre comment fonctionne les choses... Bon, ok, un peu plus en profondeur que la moyenne, certes.

Plus qu'un voyage initiatique (ou plutôt une fugue), induit par le prétexte d'une remise de prix scientifique prestigieux à l'autre bout du pays, il s'agit surtout d'un film sur la culpabilité et sur l'interprétation enfantine erronée des réactions des adultes, de la pudeur des sentiments. Car sous tous les non-dits, les incompatibilités apparentes et les petites vacheries entre les membres de cette famille se cachent énormément d'amour et de tendresse. Les personnages sont plus complexes qu'il n'y paraît au départ, le drame et la fuite du petit TS servant de révélateur à leurs personnalités.

D'ailleurs, on retrouve un peu le même schéma familial que dans le film d'animation "ParaNorman" : de la grande sœur ado qui a honte de son petit frère un peu à part, du père qui ne comprend pas et de la mère qui défend, à sa manière... L'un voit des morts et l'autre invente la machine à mouvement perpétuel, chacun sa tare quoi.

Et malgré tout, ces gens-là s'aiment profondément. Pas d'un amour dégoulinant de bon sentiment artificiel mais d'un amour sincère, vrai, honnête, réaliste, humain. C'est là la prouesse que réussit ce film : montrer une chronique familiale d'un simple fait divers, comment on y survit, chacun à sa façon et ensemble aussi finalement... Et nous permettre de croire que tout est encore possible.

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