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LE PETIT POUCET d’à-peu-près Charles Perrault...

Il était une fois un homme et une femme qui avaient sept enfants. Sept petits garçons qui, comme dans LE PETIT CHAPERON ROUGE, n’avaient pas de prénom.

À la rigueur, on pourrait imaginer que les premiers nés en eussent reçu un, au début, histoire de marquer le coup mais que ce prénom fut cependant peu à peu oublié au profit d’un système de numérotation des membres de la fratrie nettement plus pratique, au fur et à mesure que les naissances s’enchaînaient et les chérubins s’amoncelaient. En effet, leur insignifiante différence de stature pourrait laisser penser que leur différence d’âge était tout aussi insignifiante voire qu’il y eut quelques naissances multiples dans le lot.

Tous n’avaient pas de prénom, donc (les parents non plus d’ailleurs) sauf un : le petit dernier. Et comme à la naissance, il n’était pas plus grand qu’un pouce, ses parents avaient décidé de l’appeler *roulement de tambour* « Le Petit Poucet ».

LE PETIT POUCET d’à-peu-près Charles Perrault...

Enfin plus que d’un véritable prénom, c’était surtout d’un surnom dont il se retrouvait affublé. Parce que, techniquement, un prénom, même s’il est composé, il n’a pas trois parties... Et puis en plus il a des traits d’union... Et ce n’est surtout pas un putain de groupe nominal comprenant un déterminant et un adjectif qualificatif qui mettrait en avant une caractéristique physique ou la tronche qu’on se paie à la naissance et qui n’est jamais franchement ce qu’il y a de plus glorieux !

Mais bon : admettons que, grâce à un officier d’état civil peu scrupuleux et souffrant d’une terrible gueule de bois, « Le Petit Poucet » eut été accepté.

En revanche, quel enfant miraculeusement viable pourrait ne mesurer qu’un misérable pouce à la naissance ? Non parce que là, on parle quand même d’un bébé d’un peu moins de trois centimètres. On serait donc déjà très au-delà du concept-même de prématurité puisque cela signifierait, à la louche, une naissance au bout de sept semaines de grossesse, soit un accouchement approximativement 35 semaines trop tôt pour ceux qui ne seraient pas trop bien familiarisés avec la chose. Soit un bébé hypothétiquement né sans yeux, sans paupières, sans oreilles, sans membres, sans langue, sans estomac, sans rectum et sans tubules rénaux (merci internet).

Pas étonnant, au fond, si l’histoire nous apprend que les parents du (très) petit garçon avaient plein de problèmes avec lui. À moins bien sûr que la mère n’ait tout simplement fait un gros déni de fausse-couche au bout de deux mois de grossesse et que toute cette histoire ne soit que le pur produit de son cerveau agonisant, peu à peu privé d’oxygène à cause de l’hémorragie massive qui l’emporta en même temps que son fœtus même pas encore au stade embryonnaire...

Mais admettons que la malnutrition générale permettait néanmoins de mettre au monde des bébés miniatures pourtant nés à terme et parfaitement formés.

Non seulement Le Petit Poucet était condamné à porter le poids de sa ridicule taille de naissance mais en plus sa famille était pauvre. Très, TRÈS pauvre... Tellement pauvre que le père, n’ayant plus rien pour nourrir ses innombrables héritiers, proposa à sa multipare de femme de les abandonner dans la forêt pour ne pas les voir mourir de faim.

Bon déjà, quelle idée, me direz-vous, de faire 7 gosses quand on ne bosse pas et qu’on a rien à bouffer ? Pourtant, même à l’époque, il devait bien exister des moyens de contraception, même pas complètement fiables mais au moins un petit peu, et puis deux ou trois sorcières ou assimilées pour faire passer tout ça, non ? Tout le monde ne se retrouvait pas avec une équipe de water-polo voire de foot ! Ou bien, l’histoire d’HANSEL ET GRETEL est en réalité une version du PETIT POUCET où la mère, enceinte pour la troisième fois, aurait trouvé l’aiguille à tricoter, la septicémie et la mort par la même occasion, ce qui expliquerait d’ailleurs que dans le conte des frères Grimm, les enfants ne soient que deux et qu’ils aient une belle-mère.

Bref, outre le fait de trouver son époux quelques peu gonflé de vouloir laisser leur marmaille se faire dévorer par des bêtes sauvages juste pour alléger sa conscience et ne pas les regarder dépérir et crever, la femme n’était pas franchement d’accord avec le projet. Cependant, elle finit par accepter car après tout, ce n’était qu’une femme et qu’elle n’avait qu’à bien fermer sa grosse gueule.

Mais Le Petit Poucet, insomniaque et planqué sous la chaise paternelle, avait tout entendu !

Le lendemain matin, tandis que ses parents super fertiles se préparaient à mettre leur vilain plan à exécution, il se bourra les poches de petits cailloux blancs, ramassés près de la rivière attenante à son domicile (je vous laisse imaginer le taux d’humidité ambiante). Toute la famille se rendit ainsi dans une forêt pour couper et ramasser du bois et, chemin faisant, Le Petit Poucet, titulaire comme Hansel d’un Master en anticipation de situations de merde, sema ses cailloux. Arrivés au plus profond des bois, les parents profitèrent d’un moment d’inattention de leur innombrable progéniture occupée à fagoter des branchages, pour s’enfuir en courant.

Au bout d’un moment, Tête En Poire, Vieux Rôti Violacé, Visage Poilu Tuméfié, ainsi que Quatre, Cinq, Six et Le Petit Poucet s’aperçurent qu’ils avaient été abandonnés. Certains se mirent à pleurer mais le plus jeune frère leur expliqua son contre-plan machiavélique. Ils suivirent ainsi les petits cailloux blancs et retrouvèrent le chemin de leur tanière.

Quelle ne fut pas la joie de leurs parents lorsqu’ils les virent revenir sains et saufs car ils venaient tout juste de percevoir un virement providentiel dû à une erreur de la CAF en leur faveur. Au lieu d’économiser et de rationner la bouffe, la famille vécut ainsi dans l’opulence pendant un certain temps. Mais forcément, l’argent et la nourriture vinrent de nouveau à manquer.

Ainsi, au bout de deux jours d’orgie, le père proposa de nouveau à la mère l’abandon forestier de leur descendance comme palliatif à leurs problèmes de thunes. La mère râla un peu pour la forme, se fit de nouveau remettre à sa pitoyable place et l’affaire fut conclue. Mais Le Petit Poucet, toujours insomniaque et planqué sous le siège de son père, avait de nouveau tout entendu !

Le lendemain matin, avant le départ de l’expédition pour une forêt encore plus sombre, touffue et inquiétante que la précédente, le tout petit garçonnet voulut aller ramasser ses tout aussi petits gadins. Mais la porte de la masure était malheureusement fermée à clé ! Alors, lorsque sa mère lui donna un morceau de pain, il eut une idée : il allait en semer des miettes en lieu et place des petits cailloux.

Là, rebelote : forêt, fagot, record de demi-fond pour les parents, frères aînés qui chialent parce que leur première expérience ne les avait pas du tout rendus méfiants et qu’ils ne s’attendaient absolument pas à ce que leurs parents leur refassent exactement le même coup quand ils n’ont plus rien eu à becter. Mais lorsque la fratrie voulut suivre les miettes de pain, les oiseaux les avaient picorées ! Un des aînés tabassa son plus jeune frère pour les avoir foutus dans la merde, ils tentèrent tout de même de retrouver leur chemin à l’aveugle mais ils se paumèrent encore plus...

– Et éventuellement, à moins que la région ne fût particulièrement irriguée, essayer de trouver un ruisseau puis faire deux groupes, un qui le suit et l’autre qui le remonte, histoire d’avoir une infime chance de tomber sur leur masure puisqu’elle se situait à proximité d’un cours d’eau, non ?

Non.

Au bout d’un moment et une fois la nuit tombée, Le Petit Poucet qui était visiblement le seul membre de la fratrie pourvu d’un cerveau et d’un minimum de sens de l’initiative, monta tout en haut d’un arbre pour observer alentour. Il aperçut alors au loin une maison dont une fenêtre était éclairée. Subitement munis d’un sens de l’orientation à toute épreuve, ils réussirent à se diriger dans l’obscurité et ils atteignirent la baraque. Là, une femme leur ouvrit qui, comme dans JACK ET LE HARICOT MAGIQUE, les l’exhorta à prendre gare car si son mari venait à les trouver, il les dévorerait, comme le veut la tradition chez les ogres. Cependant, au lieu de les renvoyer à la forêt et à une hypothermie certaine, elle accepta de les cacher pour la nuit.

Mais à peine eut-elle refermée la porte derrière eux qu’ils entendirent de grands coups frappés à l’huis car l’ogre, rentrant visiblement une nouvelle fois bourré car il n’avait même pas vu les sept petites proies tout juste pénétrer dans sa demeure, avait paumé ses clefs. La femme de l’ogre (qui n’était donc pas une ogresse mais plutôt comme ses fans de serial killers qui finissent par les épouser en prison) installa les garçons sous le lit et alla ouvrir à son tendre époux.

Et elle fit bien de les planquer fissa car, après avoir passé une journée harassante au bureau, l’ogre avait salement la dalle :

– Hummmm... Ça sent la chair fraîche !

Toute ressemblance avec Le Petit Poucet serait... Oh mais attendez : C’EST Le Petit Poucet !

Et avant même que sa femme n’ait eu le temps d’inventer un pipeau, l’ogre se dirigea droit vers le dessous du lit et en tira un par un les sept frères. Il brandit alors son couteau et s’apprêta à les égorger mais sa femme fit barricade de son corps et lui dit que ce serait tout de même très con de les bouffer tout de suite alors qu’elle s’était cassé le cul à lui préparer un repas digne d’un banquet pour 50 convives, qu’en plus il était super tard, qu’on ne tuait pas des enfants à une heure si avancée de la nuit et qu’on pouvait parfaitement être cannibale et aussi avoir des principes, merde !

L’ogre se renfrogna et, passablement humilié, alla terminer son repas en ronchonnant. Pendant ce temps, la femme borda les sept frères dans un grand lit servant sans doute aux invité(e)s des soirées pyjamas de ses sept filles (il y avait vraiment un gros problème de contraception à l’époque), déjà endormies dans un autre grand lit dans la même chambre. Au lieu de chercher un moyen de se barrer histoire de ne pas être dévorés le lendemain matin, les garçons s’endormirent immédiatement car ils étaient définitivement tous un peu cons. Enfin tous sauf Le Petit Poucet qui, rappelons-le, était insomniaque et avait un cerveau. Il se dit alors que l’ogre pouvait largement changer d’avis au cours de la nuit et venir les buter dans leur sommeil. Il prit ainsi les bonnets de ses frères et les échangea avec les couronnes posées sur la tête des filles de l’ogre (ce qui devait être tout de même ultra confortable pour dormir), puis il alla se coucher avec le reste de sa fratrie.

Et il eut bien fait, le bougre, car au beau milieu de la nuit, l’ogre vint dans la chambre de ses filles. Dans l’obscurité, il s’avança vers le lit où dormait les sept frères (moins un qui ne dormait jamais) et leur tâta la tête. Comme il y sentit les couronnes, il se dirigea ensuite vers le lit de ses filles, toucha les bonnets et, ainsi assuré qu’il s’agissait bien des petits intrus, leur trancha la gorge dans la joie et la bonne humeur.

LE PETIT POUCET d’à-peu-près Charles Perrault...

Et là, au lieu de les bouffer pour son casse-dalle de 2h du mat, il retourna se coucher. Donc le type venait juste d’égorger ses propres filles juste pour prouver à sa conne de femme qui s’était interposée un peu plus tôt que c’était bien lui le putain de patron... Ou bien il aimait la viande légèrement faisandée... Ou alors il était vraiment sévèrement torché.

En entendant l’ogre ronfler (ce qui tendrait à valider la dernière hypothèse), Le Petit Poucet réveilla ses frères et ils s’enfuirent dans la nuit... ce qu’ils n’auraient pas pu faire plus tôt, ces petits bâtards, histoire d’épargner la vie de sept petites filles innocentes et potentiellement (au moins) semi-anthropophages.

Le lendemain matin, l’ogre, découvrant le carnage se mit à hurler. Il ordonna à sa femme, apparemment consternée, d’aller lui chercher ses bottes magiques pour qu’il puisse rattraper les sept petites ordures qui l’avaient, de par leur unique présence (et un peu aidés par sa connerie aussi), poussé à commettre un septuple infanticide. Elle s’exécuta mais ne sortit pas pour autant de sa torpeur face aux cadavres des sept petits êtres qu’elle avait pourtant dû mettre au monde, choyer et chérir.

Pendant ce temps, les sept frères avaient miraculeusement retrouvé le chemin du domicile familial duquel ils étaient en approche lorsqu’ils virent l’ogre sauter par-dessus les montagnes et enjamber les fleuves (à se demander si le bonhomme avait vraiment pété les plombs et faisait n’importe quoi avec ses bottes ou si les frères avaient décemment pu parcourir autant de bornes en pleine nuit, sans avoir ni mangé ni véritablement dormi).

Ils se cachèrent sous un gros rocher et l’ogre, subitement frappé de narcolepsie, s’endormit juste à côté.

OH BEN ÇA ÇA TOMBE BIEN ALORS !

Le Petit Poucet qui, désormais, jouissait d’une solide autorité sur ses frangins, leur ordonna de rentrer retrouver leurs parents. Pendant ce temps, il retira lentement les bottes de l’ogre et les mit à ses pieds. Comme, rappelons-le, elles étaient un petit peu magiques, elles s’adaptèrent automatiquement à la pointure de l’enfant. Ainsi chaussé des bottes de sept lieues (Perrault était-il légèrement obsessionnel du nombre 7 ?), il traversa la rue et alla trouver le roi le plus proche qui lui offrit immédiatement un boulot de messager parce que quelqu’un capable de faire 28 bornes en un pas c’est tout de même bien pratique pour distribuer le courrier.

LE PETIT POUCET d’à-peu-près Charles Perrault...

Au bout d’un moment, comme il avait gagné un pognon considérable (ça a bien changé la Poste depuis), il décida de démissionner et de rentrer chez son père et sa mère. Ainsi, grâce au vol manifeste commis par ce petit avorton sur la personne de l’ogre et aux sommes colossales qu’il avait réussi à amasser, la famille vécut heureuse et épanouie.

Quel est le con qui a dit que l’argent ne faisait pas le bonheur ?

En revanche, l’histoire ne dit pas ce qu’il advint de l’ogre et de sa femme, ni comment le couple et ses six mômes restants survécurent pendant tout le temps où Le Petit Poucet récoltait du pognon.

Moralité : mieux vaut y réfléchir à deux fois avant de se marier ou de se reproduire avec quelqu’un qui mange des enfants...

... à moins, bien sûr, de s’appeler Monique Olivier.

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