LE RÈGNE HYSTÉRIQUE DE SIFFONEY IER, ROI D'IRLANDE de Spike Milligan.

Publié le par Odie

LE RÈGNE HYSTÉRIQUE DE SIFFONEY IER, ROI D'IRLANDE de Spike Milligan.

Si vous aimez les joutes verbales, les figures de style, les jeux de mots, les zeugmas, les disjonctions sémantiques (et les disjonctions tout court), les métaphores improbables, les non-sens, l'exagération volontairement caricaturale, ce roman est fait pour vous.

Mais, parce qu'il y a un mais, malgré le travail évident et colossal de traduction, l'ensemble manque cruellement de fluidité et ça reste bien souvent un poil indigeste.

LE RÈGNE HYSTÉRIQUE DE SIFFONEY IER, ROI D'IRLANDE de Spike Milligan.

Alors est-ce le passage en langue française qui donne ces lourdeurs dans des tournures de phrases particulièrement alambiquées et rend la lecture laborieuse (ou alors je n'ai tout simplement pas les yeux en face des trous), mais, à la manière de n'importe quel film des Monty Python, ce roman doit certainement mieux passer en VO (bon après, quand on est une brèle en anglais, on ne peut s'en prendre qu'à soi-même).

On pense donc nettement à la-dite troupe d'humoristes britanniques, mais aussi à Raymond Devos ou à H2G2 pour le côté totalement absurde et les personnages dysfonctionnels d'une (in)humanité crasse (non, franchement, y'en a pas un pour rattraper l'autre).

Et l'on est plutôt sur du formalisme niveau humour où l'histoire (malgré son aspect profondément aberrant confinant au ridicule) n'est qu'un prétexte pour que l'auteur s'en donne à cœur joie sur les bons mots.

Restent des situations et des descriptions parfois très drôles, et une image fort reluisante de l'Irlande et des Irlandais (voire des Britanniques... Voire des êtres humains en général), complètement pas sponsorisée par le ministère du tourisme local, et qui donne vraiment, mais alors vraiment, envie d'aller s'y installer ou d'y passer des vacances.

LE RÈGNE HYSTÉRIQUE DE SIFFONEY IER, ROI D'IRLANDE de Spike Milligan.

Morceaux choisis (ou comment j'ai regretté de ne pas avoir commencé plus tôt dans ma lecture à les noter) :

Un bureaucrate est un homme qui obéit aux ordres venant d'en haut tout en faisant la sourde oreille aux plaintes montant d'en bas.
(...)
Tiens, tiens, un ferrailleur ! Pourquoi qu'il peut pas faire là où il se trouve ?
(...) l'incendie avait expédié la meute entière dans les prairies voisines où elle hurlait à la mort et à l'unisson.

Le règne hystérique de Siffoney Ier, roi d'Irlande de Spike Milligan.

Des Irlandais, serrés en grappes fumantes, gisaient, hébétés, dans toutes sortes de positions grotesques, avec sur le visage des sourires radieux et imbéciles sous de violents strabismes. Par les deux bouts, ils exhalaient une brume de whiskey n'ayant été consommé qu'une fois : une seule allumette aurait pu déclencher la première bombe atomique celte.

La féerie de la Saint Patrick.

Et puis quand on a fini d'applaudir, reprit Sam, il a chanté "La Chanson du désert", et ensuite il a demandé si qu'on aimerait entendre un air en particulier, ce salopard, et ma Molly, elle a dit qu'elle voudrait bien "À la claire fontaine", alors je l'ai frappée, mais, sans arrêter de nous menacer de son arme, il nous a chanté cette chienlit.
(...)
— Vous reconnaîtriez la voix de cet individu ? (...) Elle était comment ?
— Elle était moche à chier (...)
— Je peux pas noter ça (...) vous pourriez pas me trouver autre chose ?
— Si (...) elle était nulle à chier.
(...)
— Il a volé des objets de valeur ? demanda-t-il.
— Non, dit Sam.
— Pourquoi à votre avis ? demanda Kelly.
— Parce qu'on a pas un seul foutu truc de valeur à voler, répliqua Sam.
(...)
— Et vous, Madame Gronnivan, vous avez quelque chose à rajouter ? (...)
— (...) Il a fêlé le pot de chambre.
Dieu du ciel, se dit Kelly, il devait avoir un jet d'une puissance rare pour occasionner de pareils dégâts.
— Il a utilisé le récipient pendant qu'il chantait ?
— Non, (...) il s'est pris les pieds dedans.
— Pourriez-vous me dire si cet objet avait une grande valeur ?
— Oh, oui, dit Sam, j'adorerais vous dire qu'il a une grande valeur.

De l'enquête de police surréaliste, sur une agression non moins surréaliste, et des protagonistes tout aussi... Enfin bref vous avez compris l'idée quoi.

Silé sautillait, en fredonnant un air bricolé maison qui était à la musique ce que le colonel Kadhafi était à l'étude des ornements funéraires en cuivre de l'époque médiévale.

De la métaphore superbe.

Paraissant se conformer aux instructions d'un manuel de vol à voile, une odeur de cuisine se mit à planer, passant par dessus un chat endormi pour aller enfin assaillir les narines de McCafferty, envoyant aussitôt des sucs gastriques danser la gavotte au fond de ses bijoux de famille.

Et celle-là, elle est pas belle ?

— Vous souffrez du syndrome naso-ovum-odoratus.
— Ah bon ? s'était étonné MacCafferty. Ça fait quoi ça ?
— Ça fait cinq livres, avait riposté le docteur. (...)
— Je veux une confirmation de ce diagnostic ! s'était écrié McCafferty.
Le médecin lui avait confirmé le diagnostic, ce qui avait coûté cinq autres livres.

Quand je vous disais qu'ils sont tous plus cons les uns que les autres...

On ne le savait pas, mais l'Irlande était un pays d'actionnaires en liquidités, dont l'unique dividende était de se saouler la gueule.

Bienvenus sur l'île émeraude !

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