MA LOUTE de Bruno Dumont [critique] (Cannes, 4ème jour)

Publié le par Odi-Wan

MA LOUTE de Bruno Dumont [critique] (Cannes, 4ème jour)

Apparemment, il serait de bon ton d'avoir adoré MA LOUTE... Du coup je suis drôlement emmerdée puisque j'ai trouvé ce film incroyablement énervant, voire irritant.

Déjà Binoche en fait (volontairement) tellement des tonnes que Luchini paraît soft à côté (et ça c'est une perf).

Et puis c'est carrément une ode au nord de la France :

Des nymphomanes, des enfants pédérastes, des nudistes...

Bienvenue chez les Chtis ?

MA LOUTE de Bruno Dumont [critique] (Cannes, 4ème jour)

Et si on rajoute l'inceste, l'alcoolisme et le cannibalisme on a encore plus fort que la banderole ("de la honte") des supporters du PSG.

Ensuite, après certaines blagues hilarantes bloquées au stade sadique anal de MONEY MONSTER, on a droit aux running-gag "coussin péteur" et "peau de banane" mais version distinguée (on ne se marre pas ici : on se gausse)... Cela-dit c'est raccord avec l'époque du film.

Et puis les blagues sur les accents, quels qu'ils soient, c'est franchement un truc qui me fait chier (mais limite physiquement). Alors quitte à baser une grande partie du comique du film sur le phrasé incompréhensible des nordistes, à faire passer Brad Pitt dans SNATCH pour Maître Capello (tellement qu'on se surprend à maintes reprises à regarder les sous-titres en anglais), autant exhumer directement Michel Leeb et le coller aux dialogues.

Bref, instant lutte des classes, c'est une comédie avec des bourges qui viennent en safari admirer des prolos cueilleurs de moules dans leur habitat naturel (tout en niant les mépriser mais en les méprisant quand même). Prolos qui tuent ces mêmes bourges pour les bouffer.

Et comme c'est une comédie et que les gens sont tellement cons qu'ils risqueraient de ne pas comprendre la subtilité, on va en rajouter des caisses sur la théâtralité ultra emphatique du jeu des acteurs, sur l'hystérie collective et l'aspect patronage dans les scènes chorales, sur l'exagération des situations et des bruitages.

Mais il n'y a pas non plus que du négatif. D'un point de vue purement cinématographique il n'y a rien à redire : Bruno Dumont n'est pas un manche, c'est visuellement très beau, les plans sont superbes, la lumière est parfaite, les costumes et les décors itou. Et puis les trois gamines jouent très bien, contrairement aux trois gamins qui ne sont pas pro et ça se voit, ce qui nous offre de superbes moments "merde, j'ai complètement oublié de diriger mes acteurs en second plan".

Pourtant la bande-annonce envoyait clairement du pâté dans le genre barré... Mais force est de constater qu'il y a une énorme différence de rythme entre la vidéo promotionnelle et le film... Et qu'au bout de 20 minutes (ressenties) où Luchini braille "La glycine ! La glycine ! Elle est énOOOOOOOOOOOOrme !" sur tous les tons (du moment que ça n'est pas naturel), j'ai un peu eu envie de mettre fin à mes jours.

Alors c'est un ovni, c'est sûr, mais un ovni décevant et agaçant... Mais si l'on part du principe qu'une œuvre d'art doit susciter des émotions on peut affirmer que le contrat est rempli.

MA LOUTE de Bruno Dumont [critique] (Cannes, 4ème jour)

Publié dans Cannes, comédie

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Adéle 24/05/2016 20:20

Il est question du "genre", c'est intéressant. C'est à la fin du 19e siècle qu'on parle du "troisième sexe". Balzac avait commençait avec la fille aux yeux d'or de Balzac. Nous n'avons rien inventé...

Béa 24/05/2016 20:15

Ce n'est pas du cannibalisme, c'est du Darwinisme, les espèces les plus fortes mangent les plus faibles, c'est mécanique. Ici, il s'agit de la bourgeoisie dégénérée donc décadante. Fin d'un cycle...Comme le manièrisme à la fin de la Renaissance. Il faut revenir à la ligne pure.

franck 24/05/2016 20:12

Je suis chti alors ce film peut m'intéresser. C'est en costume...ça plaira à ma femme qui aime les robes de princesses ( comme Sissi