POVERELLO de Robin [critique]

Publié le par Odi-Wan

POVERELLO de Robin [critique]

Commençons par le commencement :

C'est l'histoire d'un mec, John Coal, star montante du cinéma et queutard-qui-culpabilise à ses heures perdues (ce qui peut s'avérer problématique pour la suite puisqu'il est dès le départ dans un processus de recherche de soi).

Il va être engagé pour tourner un film avec le Spielberg français sur la vie de Saint François d'Assise, ce qui ne l'enchante pas particulièrement mais bon, faut bien bouffer et tourner avec Steven, c'est pas un truc qui se refuse.

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Le bouquin alterne donc des séquences de film au fur et à mesure que le tournage avance (couleur sépia) faisant (parfois un peu lourdement) écho aux séquences de la vraie vie de l'interprète de son personnage principal (couleur bleu jeans).

Même si on sent dès le départ poindre le procédé, la corrélation n'est pas si évidente au début du roman : le John, déjà majeur pas tatoué mais vacciné, a des états d'âmes vis à vis de sa vie "dissolue" (symbolisée par le fait qu'il baise avec une gonzesse dont il ne se souvient pas du prénom et qu'il en éprouve immédiatement des remords, cul nu face à Venise) alors que le François, avant d'avoir sa révélation, il est plutôt en mode "No Future-Life is a bitch", bref il s'en fout complètement : il fait la teuf avec ses potes, il fait chier le voisinage en général et son père en particulier, sans se poser de questions (lui ce qu'il veut, c'est être chevalier, pas vendeur de fringues ! Bref, c'est un ado quoi).

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Le sujet est donc amené lentement mais sûrement : le mec est réticent au départ car pas spécialement porté sur la religion et, une fois lancé, il n'a même pas besoin d'être touché par la grâce divine ou d'agir en bon mercenaire cinématographique, le côté prêchi-prêcha redouté étant absent.

Il n'émet donc à aucun moment de jugement négatif sur le thème du film qu'il est en train de tourner.

Et on perd très rapidement cette dualité du propos qui aurait pu être fort intéressante dans le pitch pour tomber dans une sorte de parallèle entre les vies du héros et du futur Saint devenu adulte, dans leurs quêtes de sens respectives.

Malheureusement, ce parallèle semble bien artificiel tant il atteint rapidement ses limites : là où François prend sa vie en main et impose ses convictions, c'est la vie qui s'impose à John, qui ne fait que la subir au final, un peu lâchement d'ailleurs.

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Une œuvre très morale, très "aimez-vous les uns les autres" (bordel de merde) et "tu honoreras ton père et ta mère", très pro-life aussi, sur comment la vie, le destin, la providence ou les hormones, vous mettent devant vos responsabilités, vous poussent à faire des choix et à rentrer dans le droit chemin, pour le salut de votre âme (ou être enfin en paix avec vous-même).

Un entremêlement de comédie romantique et de récit hagiographique en somme.

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Alors c'est sûr que quand on est respectueux des croyances mais qu'on n'est soi-même pas trop versé dans tout ce qui est discours mystico-religieux (ni dans tout ce qui est love-story cousue de fil blanc) le récit peut paraître un peu simple (voire limite simpliste).

Mais n'est-ce pas là une métaphore des valeurs prônées par François d'Assise voulue par l'auteur ?

Ou bien la volonté relativement pauvre de John se veut-elle être l'écho du titre du bouquin (ouais, ça valait le coup de passer 3 ans à l'université à étudier l'italien pour pouvoir se la péter à se demander si ça n'est pas ce personnage-là le véritable "Poverello", dans le sens littéral et non spirituel du terme) ?

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Quoi qu'il en soit, il convient de préciser à qui s'adresse ce livre :

Pour les enfants ? Y'a du cul et de la nudité frontale post coïtum donc on va éviter.

Les adultes pourront trouver l'intrigue faible, stéréotypée ou convenue (voire qui bouffe un peu à tous les râteliers, désir d'actualité et de modernité oblige, puisqu'on aura même de l'expulsion de sans-papiers et un brin de saphisme light avec de la réflexion métaphysique type "pourquoi j'aime un homme qui en aime une autre alors que toi tu m'aimes mais que je ne t'aime pas ?"), bien que le parallèle entre la vie de l'acteur et le tournage du film ne soit pas une mauvaise idée en soi.

Et pour de fervents croyants, les anachronismes linguistiques pourront facilement passer pour du blasphème...

Ce livre s'adresse donc à des ados, et pas nécessairement à des scouts mais plutôt à des curieux qui souhaiteraient enrichir leur culture générale (et en terme de roman pour ados, ça reste quand même moins con que Twilight !).

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Un beau roman graphique, donc, aux illustrations plutôt chouettes et chiadées (surtout les décors et paysages), sans fioritures inutiles, un peu à la Peynet ou Sempé, qui a le mérite d'humaniser et de moderniser la vision traditionnelle que l'on peut avoir du Poverello (ou de l'article qui lui est consacré sur Wikipedia).

Publié dans livre, BD, Robin, Masse Critique, Babelio

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aude 26/05/2017 12:53

Découvert par hasard à la bibliothèque j'ai lu votre critique sur Babelio et en fait je l'ai trouvé parfaite !
Exactement ce que j'aurai pu écrire mais sans savoir le faire.