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READY PLAYER ONE de Steven Spielberg [critique]

READY PLAYER ONE de Steven Spielberg [critique]

C’est l’histoire de gens qui se mettent sur la gueule pour toucher l’héritage de Hallyday. Sauf que le Hallyday en question, c’est un type qui ressemble un peu à Garth Algar et qui a créé un super univers virtuel, l’Oasis, un jeu de rôle en ligne auquel le monde entier joue... Enfin en terme de monde entier, le hasard faisant drôlement bien les choses, on verra surtout des américains parce que le géocentrisme c’était nettement plus pratique pour que les gens pauvres se rencontrent IRL.

Faut dire qu’à l’aube de l’an de grâce 2045, la vie sur Terre est encore plus toute pourrite que jamais. Genre dans l’Ohio, il y a même des gens qui vivent dans des casses-auto favélas avec tout plein de moyens de locomotion divers et variés empilés, ce qui pourrait signifier, si l’on était adepte du mauvais esprit, qu’un certain président n’aurait pas tout à fait réussi à endiguer l’immigration en provenance du centre et du sud du continent finalement.

READY PLAYER ONE de Steven Spielberg [critique]

Alors comme le quotidien est donc tout pourri, autant y aller franco niveau fuite du réel, parce que Pokémon Go, les réseaux sociaux et l’usage intensif des Smartphone c’est vraiment pour les pisseuses.

READY PLAYER ONE de Steven Spielberg [critique]

Suite au décès du-dit Hallyday, les gamers apprennent que le coquinou y a planqué 3 clefs et autant d’indices à base de maximes impénétrables d’un Gandalf-Père Fouras sous chouchen qui permettront à celui ou celle qui les trouvera d’accéder à l’easter egg ultime de la mort qui fera de lui (ou elle) le nouvel heureux propriétaire du bousin.

Alors au commencement, ça fait des plombes que les gamers anonymes et ceux de la méchante multinationale Innovative Online Industries dirigée par Krennic de ROGUE ONE (décidément parfait dans le rôle de la petite salope) galèrent à choper la première clef.

READY PLAYER ONE de Steven Spielberg [critique]

Mais que le chaland se rassure, une fois que le premier niveau sera débloqué, l’arc temporel pour atteindre les deux autres se restreindra perceptiblement : c’est un Spielberg pas un Lelouch genre quête de l’easter egg sur 14 générations.

Et parmi les gamers anonymes, il y a Wade Watts, 18 piges et le charisme d’une moule... Ou plutôt d’un mix entre Kyle Chandler et Andy Samberg période pré-dickinabox qui en seraient dépourvus (de charisme hein).

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Mais quelque part on s’en fout puisque la majorité du film met en scène son avatar, Parzival.

READY PLAYER ONE de Steven Spielberg [critique]

Et comme on est dans un film de Spielberg qui rend hommage aux films de Spielberg des années 80, que la diversité c’est joli (mais pas chez les personnages principaux, faut pas deconner) et que l’amitié c’est important, il va avoir des copains en forme de jolis quotas ethniques interchangeables pour l’aider dans sa quête...

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Et même une amoureuse qui, elle, est plutôt très bien avec son petit air d’Helena Bonham Carter miniature (son avatar tout droit sorti d’un mix entre AVATAR -justement- et ATHUR ET LES MINIMOYS, moins).

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Par contre, ses petits camarades sont tout de même plus ou moins insipides... D’ailleurs, je m’interroge : pourquoi avoir fait le choix de donner des versions fantasmées d’eux-mêmes aux personnages principaux, d’avoir approfondi le concept avec le meilleur ami virtuel du héros et de s’être subitement adonné au cliché asiatique-Ninja-samouraï-demi-lune-maths-informatique-ravioli sur les deux personnages secondaires restants ?...

Alors au final, READY PLAYER ONE, qu’est-ce que ça donne ?

Un super divertissement avec un max de références dedans, auto-citatoires mais pas que : du RETOUR VERS LE FUTUR , du JURASSIC PARK, de l’INDIANA JONES, du STREET FIGHTER, du KING KONG, du Robert Zemeckis, plein d’autres plus ou moins évidents et beaucoup, beaucoup de SHINING...

Bon, moi j'étais traumatisée pendant THE grande scène hommage du film mais Sorbubulle a dit "essecé ?", Zombigroot était bien trop occupé à se battre contre lui-même (l’enfant de 3 ans à ceci de formidable qu’il n'a pas besoin de réalité virtuelle pour vivre à fond un film de 2h20) et Lougaroubignole, blasé, m’a sorti :

Ouais, ok, c'est SHINING... Pourquoi j'ai pas le droit de le voir déjà ?

Mais je pense qu'il a compris quand il m'a vue me recroqueviller sur mon siège lorsque la caméra a suivi la balle rouler au sol... Surtout que je saignais abondamment du nez par les yeux.

READY PLAYER ONE de Steven Spielberg [critique]

Alors que, franchement, ça n’est vraiment pas rationnel : à part les jumelles vivantes et leur « Danny, viens jouer avec nous », le sang dans l'ascenseur et la chambre 237, pas de quoi véritablement chier dans son froc... Mais c’est là que le génie de Kubrick et celui de Spielberg sautent furtivement à la gueule (cela-dit, s’il ne l’avait pas fait avant, c’est qu’on est peut-être un poil bouché à l’émeri) : parce que, si on ne garde pas un souvenir cuisant de son expérience avec le chef-d’œuvre du premier, on ne peut pas complètement ressentir de malaise dans le film du second. Mais au delà de l’hommage et de l’adaptation de quelques scènes clés en forme de gros spoilers pour les plus jeunes et de démystification pour les autres, Spielberg démontre une nouvelle fois que, comme chez son aîné, la tension et l’angoisse naissent souvent de beaucoup de subjectif et de pas grand-chose de réel.

READY PLAYER ONE de Steven Spielberg [critique]

Bref, à côté de ça il y a donc tellement de référence à la pop culture... à notre culture en fait, celle avec laquelle on a été biberonnés en tant que citoyens américains (euh... Wait, what ?) et celle qu'on a inculquée à nos gosses parce que c’est important de ne jamais s’élever vraiment. Bon après, le risque c’est qu’ils se mettent à se croire eux-mêmes dans un jeu vidéo dans lequel ils seraient armés d’un buzzer et où ils devraient trouver un maximum d’easter eggs culturels, ce qui vous remplira à la fois de honte et de fierté.

Mais n’est-ce pas quelque part le but recherché par le réalisateur ?

Ah ouais ? Mais qu’est-ce que vous croyez les JJ, les James Gunn, les Colombus, les frères Duffer & Co ? Que vous pouvez me bouffer le fond de commerce en essayant de faire impunément des teen-movies à la Spielberg avec plein de clins d’œil subtilement subtils à la pop culture ? Je m’en vais vous rappeler qui c’est le taulier ! Parce que le Steven y vous prend, y vous retourne et y vous fume ! D’ailleurs moi, les références, je ne vais pas furtivement vous les évocouiller en mode demi-molle tiédasse malhonnête, non-Non-NON : je vais vous les balancer violemment en pleine poire quitte à retourner virtuellement des séquences entières ! Et puis moi d’abord, le concept de l’Easter Egg, je le prends au pied de la lettre, tiens : je vais vous coller un putain de vrai œuf de Pâques ! Alors ? C’est qui l’patron hein ? C’EST QUI LE PATRON !!!!!

Mais enfin calme-toi Steven !

En effet, Spielberg a réussi à refaire en 2018 un grand film d’aventures spielbergien des années 80 qui parle aux gamins et à l’enfant que nous étions dans ces années-là. Mais moins à l’adulte bizarrement. La faute à l’élève STRANGER THINGS qui aurait peut-être légèrement démonté le maître ?

Parce que READY PLAYER ONE reste une mega madeleine de Proust ultra jouissive mais qui pèse un peu 3,5 tonnes et avec beaucoup, beaucoup de beurre pour que ça glisse...

J’explique : je suis sortie du film super enthousiaste avec plein de choses hyper positives à écrire dessus. Et pourtant je n’y arrivais pas : plus le temps passait, plus j’y réfléchissais, plus l’enthousiasme s’estompait. Et quelques trois semaines plus tard, j’ai vraiment le sentiment que le Steven nous a bien enfumés : beaucoup de bruit, beaucoup d’action, beaucoup de fan service pour beaucoup d’esbroufe et de flatterie, de caressage du spectateur dans le sens des aiguilles du poil, et une histoire et une morale finalement un peu coconnes.

Il en résulte une maîtrise et une prouesse technique indéniables et un film sympa mais moins génial qu’il n’en a l’air... Un peu comme une sorte de version plouc (ou popculturelle, tout dépend comment on se place) de L’ILE AUX CHIENS de Wes Anderson qui serait, quant à lui, une version esthète, raffinée et intello de READY PLAYER ONE (ça marche dans ce sens-là aussi) : un joli prétexte scénaristique pour caser un maximum de ref afin de contenter un public acquis à la cause du cinéaste.

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