RÉPARER LES VIVANTS de Katell Quillévéré, d'après le roman éponyme de Maylis de Kerangal (GRAND PRIX CINEMA ELLE, Paris, Gaumont Convention, 2ème jour) [critique]

Publié le par Odie soit qui mal y pense

RÉPARER LES VIVANTS de Katell Quillévéré, d'après le roman éponyme de Maylis de Kerangal (GRAND PRIX CINEMA ELLE, Paris, Gaumont Convention, 2ème jour) [critique]
RÉPARER LES VIVANTS de Katell Quillévéré, d'après le roman éponyme de Maylis de Kerangal (GRAND PRIX CINEMA ELLE, Paris, Gaumont Convention, 2ème jour) [critique]

Ce qui est véritablement appréciable (entre autre) avec le Grand prix Cinema Elle cette année (parce qu'apparemment avant c'était pas comme ça... Pas que je me la pète à jouer l'habituée blasée), c'est qu'on ne connait pas les films à l'avance, qu'on en ignore le Pitch avant la projection et que l'on en découvre l'histoire directement sur grand écran (sauf pour celles qui ont lu le bouquin... Lapalissade !). Le truc c'est que ça, ça n'arrive jamais dans la vraie vie (à moins d'habiter dans une grotte et d'éviter toute forme de moyens d'informations jusqu'au cinéma). Donc si vous lisez ces mots, c'est soit que vous projetez de voir ce film, soit que vous l'avez vu, soit que vous avez lu le livre éponyme et dans tous les cas vous avez déjà une idée de son histoire... Soit que vous avez tapé "50 nuances de Grey daube", "fétichiste des pieds" ou "salope furieuse" sur Google et que vous avez atterri ici complètement par hasard (ce qui doit être particulièrement décevant pour les deux dernières recherches).

RÉPARER LES VIVANTS de Katell Quillévéré, d'après le roman éponyme de Maylis de Kerangal (GRAND PRIX CINEMA ELLE, Paris, Gaumont Convention, 2ème jour) [critique]

Bref, REPARER LES VIVANTS version Katell Quillévéré démarre vraiment fort avec une scène de surf très immersive et ses rouleaux qui donnent la gerbe, et un accident de voiture d'une violence inouïe, à la fois onirique et empirique pour quiconque s'est déjà endormi au volant... Et même pour les autres en fait.

Bref, on se dit donc que si tout le film continue sur cette lancée, on va en manger plein les dents, le psychisme et l'émotionnel.

Sauf que non. Enfin si : on en prend effectivement plein tout ça, mais pas de cette façon subtile que laissait présager le début du film.

Faut dire que, même sans connaître l'histoire à l'avance, dès lors que l'accident survient, faut pas avoir bouffé un doctorat pour piger qu'on se dirige tout droit vers un plaidoyer pro-don d'organes (tout de suite, un indice, sur vos écrans : "réparer les vivants"... Un peu comme le Port Salut quoi).

Alors bien sûr, c'est lourd, très lourd de sens, c'est atrocement tragique et anecdotique dans la représentation du quotidien des équipes médicales, et, parallèlement, on ressent parfaitement à chaque étape le poids de la douleur et du choix des parents de ce pauvre gamin... Et heureusement, au détour d'un couloir, après avoir suivi au plus près une Emmanuelle Seigner dévastée, on découvre l'identité de son mari. Et là :

Oh putain c'est Kool Shen !!! Rhoooo le coup de vieux !!!!!

C'est peut-être un détail pour vous mais c'est un peu comme les fous-rires aux enterrements : ça peut être psychologiquement salutaire (bon sauf si vous commencez à vous dire que vous aussi vous avez sévèrement mangé 21 ans dans la gueule depuis PARIS SOUS LES BOMBES).

Bref, une fois les jalons posés, c'est parti pour 1h30 d'un manifeste certes nécessaire mais peut-être un poil trop démonstratif : la réalisatrice s'attelle à donner à son film un réalisme à la limite du documentaire (ou, sous certains aspects, du reportage tapageur de certains magazines télévisés de la TNT) où rien, le pire comme le meilleur selon la sensibilité de chacun, ne sera épargné au spectateur. Un procédé jusqu'au-boutiste tant dans le lacrymal que dans la reconstitution des actes chirurgicaux, qui s'explique par sa volonté que l'on devine de ne pas chercher à édulcorer le processus. Où l'on peut tout de même se dire maintes fois:

Non, elle va pas le faire ?!?
(voire carrément "nous infliger ça" par moment)

Ah ben si.

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Et puis, ce qui me chafouine aussi c'est d'avoir mis autant de moyens et d'énergie dans la reconstitution hyper-réaliste des opérations à la limite du documentaire médical (donc) et se viander sur des points de détail à la con que quiconque a subi une opération, même nettement moins importante que celle-là, remarquera forcément. Parce qu'il y a des goofs relativement énormes sur des petits détails insignifiants qui tendent à décrédibiliser l'ensemble (genre la douche à la betadine pré-opératoire qui épargne les cheveux ou la tronche béate en réa, bien loin de Crazy Frog qui aurait bouffé un cimetière indien). Alors certes, la réalisatrice explique qu'elle a volontairement rajouté des détails de fiction qui n'étaient pas présents dans le roman afin de laisser respirer les spectateurs car sinon le film aurait été insoutenable (déjà que). Mais à vouloir traiter son sujet de façon exhaustive, elle donne à son œuvre un mélange des genres un peu foireux entre crudité et lyrisme, distanciation et empathie.

Par exemple, là où Emmanuelle Seigner est naturelle (voire passablement enlaidie) et donc physiquement crédible, pourquoi fallait-il sublimer Anne Dorval ? À moins que ce ne soit pour opposer un peu maladroitement les personnages dont un est du côté de la mort, et l'autre du côté de la vie... Bien que techniquement, ce soit celui qui est du côté de la mort (avec Kool Shen... Putain je m'en remets pas) qui donne son accord et qui donc donne la vie... Mais cet élan métaphorique esthétisant jure avec le visuel médical naturaliste.

Et puis, sans se mentir et de façon tout à fait subjective, je ne suis pas sure qu'après avoir subi une lourde intervention, on ait vraiment envie de se voir jeter la réalité à la face... Un peu comme les accidentés de la route n'iront pas nécessairement voir CRASH, les gens qui viennent de perdre un être cher emporté par le cancer LOVE STORY et TENDRE PASSION, ceux qui ont vu leur père se faire bouffer par un raptor JURASSIC PARK.

Ainsi, on peut avoir une légère sensation de claustrophobie, dans le fait de nous forcer à regarder, pour qu'on comprenne bien comme c'est beau, comme c'est bien fait, comme ça sauve des vies... Sauf que quand on en était déjà intimement persuadés, on n'a peut-être pas besoin qu'on nous l'explique de façon aussi ostensible.

Un film qui laisse une marque indélébile dans la mémoire, qui ne fera certainement pas changer d'avis les opposants au don d'organes, à voir ne serait-ce que pour sa séquence d'ouverture (pour la prestation de Kool Shen et la beauté du port du Havre aussi).

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Publié dans film, GPcinéELLE

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laelle 08/07/2016 22:01

J'ai toujours dans mon sac ma carte don d'organe et des lingettes d'aloe vera.

LéaS 08/07/2016 22:00

Cela me fait penser au dessin animé "épic" pourriture de la mort en continuelle opposition avec la vie. Ainsi qu'à la série Merlin, ou le principe de la magie est :" une vie contre une vie"

FD 08/07/2016 21:58

Zut, je voulais écrire Dieu ( j'ai dû penser à deus macina)

refman 08/07/2016 21:57

Almodovar dans "tout sur ma mère" avait offert un bon argumentaire pour le don d'organe sans donner dans l'hyper réalisme avec des transgenre en plus

Odie soit qui mal y pense 08/07/2016 22:19

Une sorte de combo ?

groupons 08/07/2016 21:55

Je connais l'équivalent du don d'organe, lorsque ma fille est née. Ma tante est décédée. Un bébé contre un décés.

Adéle 08/07/2016 21:50

Cela me fait penser au bonheur des dames, de la pourriture moisi des petits commerce nait la vie de l'ultra consommation. Ce n'est autre que le couple Eros et Thanatos.

Béa 08/07/2016 21:49

Faut il s'opposer à une mécanique qui nous dépasse, que ce soit l'oeuvre de Dieu ou de la nature

Franck 08/07/2016 21:47

ça me fait peur, mais je suis pour. Je suis don d'organe

FD 08/07/2016 21:46

Le don d'organe est quelque chose de sublime, même si on dit qu'il ne faut pas toucher à l'oeuvre de Diei.