RESPIRE de Mélanie Laurent

Publié le par Odie

RESPIRE de Mélanie Laurent

Hommage à toutes celles qui sont des aimants à pouffiasses et qui attirent systématiquement toute forme de pervers(es) narcissiques (en amitié comme en amour)...

Charlie est en terminale. Tout en étant plutôt discrète et réservée, elle a une BFF, des copains, et de bons résultats sans pour autant se faire tabasser... Bref, elle s'en sort plutôt bien malgré son prénom à # et sa famille dysfonctionnelle (une ex fille-mère plus copine que maman (Isabelle Carré, toujours impeccable) et un père-Jokari qui va et qui vient au gré de ses aventures extra-conjugales et de ses engueulades, conjugales elles).

RESPIRE de Mélanie Laurent

Même si, par la force des choses, elle se retrouve adulte avant l'heure et cantonnée au rôle de la fille sérieuse (Joséphine Japy est d'ailleurs parfaite), tout roule à peu près jusqu'à ce qu'une nouvelle élève, Sarah, débarque dans sa classe en cours d'année.

Elle est belle, elle est libre, elle rit et elle parle fort, elle est drôle, elle est sure d'elle, elle est exubérante, elle a une famille trop intéressante... Elle est tout ce que Charlie n'est pas... Ou pense ne pas être... où s'empêche d'être.

De leur rencontre va naître une amitié fusionnelle ("toi et moi contre le reste de l'humanité") qui, comme toute relation exclusive, tournera plus ou moins rapidement mais inexorablement en relation fissionnelle ("toi et moi on va se péter le dentier")...

RESPIRE de Mélanie Laurent

En regardant ce film, on se demande forcément si Mélanie Laurent a été bourreau ou victime et si, à travers son propos, elle souhaitait expier ses fautes ou venger celles qui en ont souffert... Mais, en tout cas, on voit une forme de sincérité dans sa démarche et on sent bien que le sujet lui tenait véritablement à cœur (bon, renseignement pris, elle a été victime, adulte, de plusieurs connards de ce type... Mais comme Maiwenn avait déjà piqué l'idée pour son futur MON ROI, elle a plutôt adapté un roman qui l'avait marquée à l'adolescence, mais qui ne l'avait pas prémunie contre ces individus donc).

À travers l'interprétation de ses actrices, les relations qui se nouent entre les personnages (on pourrait croire à de la misogynie si la dégueulasserie des rapports humains entre les filles ne ressemblaient pas si souvent à ça) et puis un assemblage de petits détails comme toutes ces petites choses, ces secrets qui, une fois adulte, sont bien dérisoires mais qui, à cet âge, semblent si insurmontables qu'elles peuvent pourrir la vie, elle arrive à imprimer un tel réalisme à son sujet qu'on se laisse embarquer... Et prendre au piège, comme Charlie.

Et Mélanie Laurent respecte toutes les étapes de ce lent processus de destruction psychologique : la séduction, la complicité, la mise en confiance, la création d'un cocon, d'une intimité... Et puis la déchirure, inéluctable, la trahison, l'isolement, la jalousie, l'humiliation, la haine, la méchanceté, la calomnie, le harcèlement moral, les menaces... Et comme Charlie, on se demande encore comment c'est possible d'en arriver là, de se faire avoir à ce point et pourtant on sait pertinemment qu'avec son karma de victime en demande, dès lors que Sarah est entrée dans sa vie, elle était foutue.

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Alors c'est vrai que même si d'un point de vue cinématographique c'est plutôt bien fichu, il y a tout de même des métaphores un peu relou et quelques maladresses... Mais ces petits défauts se transforment bizarrement en qualité tant ils font parfaitement écho à la post-adolescence, période pas très subtile et plutôt bordélique s'il en est. Comme si, dans les exagérations de son scénario, Melanie Laurent avait laissé parler librement l'ancienne ado blessée au fin-fond d'elle-même...

Ceci étant dit, le sujet était quand même suffisamment fort et explicite pour ne pas avoir besoin d'en rajouter avec un inhalateur (ok, le film s'appelle RESPIRE, mais il n'était nul besoin que Charlie soit asthmatique pour que les spectateurs comprennent qu'elle s'étouffe pendant ses crises d'angoisse... Enfin j'ose l'espérer), d'un quelconque désir sexuel ou d'un saphisme light (même si Lou de Laâge fait un peu "mini-Adele", ça débaroule un poil comme un cheveu sur la soupe... Ou inversement).

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C'est vrai que cette relation d'amitié est tellement destructrice et passionnelle qu'elle peut s'apparenter à de l'amour d'un point de vue extérieur, mais pas nécessairement à de l'échange de fluides corporels.

Il s'agit surtout d'une fascination dévorante et d'une admiration dévastatrice, qui se nourrissent d'une très faible estime de soi, d'un profond sentiment d'infériorité. De tout cela nait une dépendance viscérale car la proximité de la personne donne cette impression de lui ressembler un peu, de valoir mieux, d'être éclaboussé par quelques miettes de succès, de supériorité ou d'aura.

Chacun pourrait y trouver son compte, me direz-vous : Charlie gagne faussement en assurance, vit un peu plus que par procuration, et Sarah gagne un public pour l'aduler. Sauf que Charlie est naïve et pense partager quelque chose avec Sarah. Et Sarah est une menteuse doublée d'une salope égocentrique et manipulatrice qui ne peut donc rien partager avec personne.

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En cela, la rupture amicale était suffisamment douloureuse et la crise finale n'avait pas besoin d'un tel prétexte... Ou quand Mélanie Laurent fait son Inglorious Basterd (car tout comme Hitler n'est pas mort dans la salle d'un cinéma parisien, ce genre de sociopathes reste le plus souvent impuni).

Gageons tout de même que quelques personnes ont pu ressentir, au plus profond du dedans de leur carapace, une très ancienne Charlie suffoquer de concert.

Bref, un film qui parle d'un sujet qui peut sembler anodin mais qui tire sa force de la justesse de son traitement et du jeu de ses actrices, et qui parvient à raviver des choses que l'on croyait enfouies. Un film qui fout les boules en somme.

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