Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
DLCH

TÊTE BAISSÉE de Kamen Kalev [critique]

TÊTE BAISSÉE de Kamen Kalev [critique]

Un film sponsorisé par les offices du tourisme bulgares.

Samy est une mule à faux billets pour la mafia bulgare. Mais dès le départ, il se fait choper à "l'aréoport" de Marseille (5 minutes d'arrêt). Du coup les policiers français lui proposent un deal : au lieu d'aller en taule, il retourne en Bulgarie afin de les aider à démanteler un réseau de prostitution. Le tout flanqué d'une petite pute mineure, Elka, qu'il aura ramassée sur la cane-cane-canebière et qui lui servira d'indic une fois rentrée au pays.

Je ne sais pas si ça tient aux confrontations entre la chef des flics et Samy qui sonnent incroyablement faux, à l'intrigue tirée d'une histoire vraie et pourtant hautement improbable ou au jeu de Poupaud qui en fait des tonneaux pour se donner des airs mi "Pascal le grand frère", mi "Bad Guy au grand cœur"... Mais ça partait moyen bien.

C'est peut-être aussi dû au fait que les gens ont beaucoup de problèmes dans leurs vies bien glauques et que c'est pour ça qu'ils fument clope sur clope comme des saumons (un peu comme les américaines quand elles se mettent à picoler toutes seules, signe iconographique ostentatoire de "j'ai une vie de merde").

Ou alors c'est parce que la gamine est auto-antiperspirante, qu'elle passe la nuit à danser en boîte sans suer une seule goutte, le tout après avoir fait le tapin pendant une bonne partie de la soirée et qu'elle se réveille le lendemain avec le maquillage nickel (putain, c'est beau d'avoir 16 ans).

TÊTE BAISSÉE de Kamen Kalev [critique]

Ou bien parce que le Samy est arrêté puis immédiatement relâché et que les gros méchants sont vraiment des gros bœufs à ne pas se douter que c'est une taupe.

C'est peut-être aussi à cause de la technique scénaristique du "Oh Ben ça ça tombe bien alors !", un peu comme les gamins quand ils jouent :

On dirait que la maquerelle, elle dirait à Samy qu'il y a un gars qui n'aime que les filles vierges et qu'il est prêt à les payer 2000 leva.
On dirait que la cousine de Elka elle dirait à Samy qu'elle est vierge et qu'elle est super partante pour faire pute.
On dirait que pour lui fournir les filles, la maquerelle demanderait pile-poil 2000 leva à Samy.
On dirait que tout se goupillerait super bien en fait...

On dirait surtout qu'on aurait un peu envie de le secouer le Samy et de lui hurler la solution au visage parce qu'il met trois plombes à voir l'évidence. Pas parce qu'il hésite d'un point de vue éthique ou humain (non-non-non). Mais bien parce qu'il n'a pas fait le rapprochement (pourtant c'était un compte rond).

Ou alors parce que Samy reproche à Elka d'être retournée faire le trottoir, qu'il l'insulte copieusement, qu'il lui balance qu'elle aime se faire baiser, qu'elle est faite pour ça parce que c'est qu'une pute (CQFD), qu'ils s'engueulent, qu'ils sont très colère et puis qu'il part en claquant la porte et en lui braillant un sublime et tonitruant "VA TE FAIRE FOUTRE !"... Euh, c'est pas un peu exactement ce qu'il lui reprochait au départ ?

Ou au procédé de réalisation qui, à l'instar de Kechiche et son "VAS-Y CHIALE ! CHIALE !", permet à Kamen Kalev de donner du "REGRETTE ! ALLEZ REGRETTE MAINTENANT !" à son héros : on voit venir sa prise de conscience à des kilomètres, on l'attend pendant des plombes et, lorsqu'elle intervient, on se demande si c'est pas parce que le Samy a visionné les rush et qu'il a bien vu que le réalisateur insistait lourdement sur les visages innocents et sans fards des gamines.

Et puis, aussi bizarre que cela puisse paraître, si on fait abstraction de ces menus défauts, ça finit par fonctionner.

La "faute" au réalisme âpre et sans concession propre à ce cinéma européen-là ?

Bon, comme c'est filmé à la manière d'un polar mais que c'est quand même moyennement pas crédible, on se surprend à attendre l'histoire d'amour... Un peu comme une sorte de PRETTY WOMAN mais Bulgare... Sauf qu'on se dit aussitôt qu'ils n'oseront pas aller aussi loin (et ce même si la Bulgarie, c'est un peu GAME OF THRONES) : rappelons qu'elle n'a que 16 ans la ptite pute (même Luc Besson n'avait pas fait déglinguer la Portman par Reno).

Mais en dehors de ça, il y aussi des trucs qui sont vraiment pas mal : ce côté crade, cette maladresse sexuelle adolescente, cette réelle authenticité (la gamine est vraiment une gamine, elle n'a pas 35 piges), cette ambiance malsaine particulièrement bien rendue.

Où l'on apprend, dans l'interview de Melvil Poupaud en bonus du DVD, que les acteurs sont non-professionnels (lui aussi ?), que les voyous sont de vrais voyous (même que ça le faisait un peu fouetter)... Et donc que les gamines sont de vraies... ?

Et il résume assez bien le sentiment du spectateur qui pourrait être tenté de juger Samy alors qu'il n'a pas le choix, qu'il fait avec les moyens du bord, avec ce qu'il affirme être le quotidien et la réalité de ces filles, dans un pays où se prostituer semble être la seule forme de réussite sociale...

La Bulgarie, ça fait indubitablement rêver !

TÊTE BAISSÉE de Kamen Kalev [critique]
TÊTE BAISSÉE

Réalisé par : Kamen Kalev / Genre : thriller, drame / Nationalité : belge, bulgare, français / Éditeur : Blaq Out

Casting : Melvil Poupaud, Seher Nebieva, Lidia Koleva

Date de sortie en vidéo : 05 Avril 2016 / Durée : 1h44min

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :