IMAGINE d'Andrzej Jakomowski [critique]

Publié le par Odi-Wan

IMAGINE d'Andrzej Jakomowski [critique]

Ian, un jeune professeur avec des yeux amovibles débarque dans un institut pour non ou mal-voyants sur les hauteurs de Lisbonne. C'est une sorte de rebelle dans son domaine vu qu'il ne se déplace pas avec une canne blanche, ce qui, pour ses nouveaux élèves, apparaît un peu suspect. Tellement suspect d'ailleurs que cette joyeuse bande de petits déconneurs va s'amuser à foutre des obstacles sur son chemin pour savoir s'il se boîte ou pas (et par extension si c'est un gros imposteur). Alors comme il apporte de l'autonomie et du rêve aux gamins avec son attitude et ses méthodes peu conventionnelles, on pense évidemment au Cercle des poètes disparus... Et ça ne va forcément pas plaire au directeur de l'institut (ses méthodes pas qu'on pense au Cercle des poètes disparus, ça on peut supposer qu'il s'en fout).

Un très joli film, plein de poésie et d'espoir, foncièrement positif, qui parle de cet amour qui sauve les êtres et guérit les âmes (à l'image des plus belles romances) et qui ne traite pas du handicap de façon lourdingue, chiante, moralisatrice, faussement compatissante et/ou larmoyante (il pourrait d'ailleurs faire partie des films à ne manquer sous aucun prétexte qui traitent de ce sujet).

IMAGINE d'Andrzej Jakomowski [critique]

Pour mettre le spectateur en immersion dans l'écholocation (un peu comme les chauve-souris ou les dauphins), l'équipe du film a fait un véritable travail sur la résonance où sont mis subtilement en valeur les bruitages des pas et tous ces autres petits détails auditifs qui sont l'essence même de la méthode de cet éducateur, qui permet à la fois de se mouvoir mais aussi d'extrapoler, d'imaginer le monde sans le voir (oh ben ça tombe bien : c'est le nom du film !).

IMAGINE d'Andrzej Jakomowski [critique]

Le film en devient alors sensoriel : il parvient à procurer des sensations similaires à celles que l'on peut avoir dans des lieux comme les Carrières de lumière (ou tout autre concept du même style, genre cathédrale), où l'obscurité, la fraîcheur et le silence (les gens, petits et grands, fermant naturellement leur gueule) vous enveloppent (ou vous écrasent) et mettent vos sens en éveil avant d'être happés par la musique qui transcende la beauté de l'image (ici le monde comme une gigantesque œuvre d'art) et juste l'écho du crissement des graviers sous les godasses, du claquement des talons sur le pavé, du chuintement des semelles sur le carrelage... (Ou comment enrichir son champ lexical du bruit de groles sur tout type de revêtement de sol).

IMAGINE d'Andrzej Jakomowski [critique]

L'utilisation de moult plans resserrés (voire de gros plans) permet de plonger le spectateur dans cet univers et de le forcer, lui aussi, à ressentir les choses, à les visualiser sans qu'on ne les lui montre (un peu comme ces activités d'art plastique où on vous donne le détail d'une œuvre et où l'on vous demande d'en prolonger les lignes tout autour).

Un film qui donne envie de raconter le monde, d'en parler en métaphores et en périphrases.

Un film sans prétention et très sympathique, à l'image du réalisateur et du chef op dont on trouve de courtes interviews en bonus (bon, en terme d'interviews, ce sont plutôt des teasers du film, ce qui est un peu con vu que si vous vous retrouvez à mater les bonus du DVD, c'est que quelque part vous avez visionné le film).

Bonus dans lesquels on apprend, grâce à Edward "Ian" Hogg, que le polonais aime picoler et jurer mais qu'il travaille dur et vachement tard.

IMAGINE d'Andrzej Jakomowski [critique]

Un film lumineux qui donne le sourire et qui rappelle que l'on observe pas qu'avec la vue (même si, bon, ça peut quand même servir pour éviter de se manger un camion).

On ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux.

Antoine de Saint-Exupéry

IMAGINE

Réalisé par : Andrzej Jakimowski / Genre : Comédie dramatique / Nationalité : Français, britannique, polonais, portugais / Editeur : KMBO

Date de sortie en vidéo : 9 Septembre 2014 / Durée : 1h45min

Publié dans film, dvdtrafic, handicap

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