ACQUITTED de Siv Rajendram Eliassen & Anna Bache-Wiig [critique]

Publié le par Odie soit qui mal y pense

En toute simplicité...

En toute simplicité...

ACQUITTED c'est l'histoire d'Aksel Borgen (anciennement Nilsen) qui, après avoir été accusé du meurtre de sa petite amie Karine, emprisonné puis acquitté (comme le titre !!!) grâce au témoignage surprise de Tonje (sa deuxième copine de l'époque), a été contraint de quitter son bled natal, Lifjord (tout le monde y ayant été plus ou moins convaincu de sa culpabilité), de changer de nom, de s'exiler en Asie où il a prospéré dans la finance, a épousé un canon local, Angeline, qui lui a donné un fils, Tim.
20 ans plus tard, à la demande de William, le père de Karine, il revient à Lifjord afin de sauver SolarTech de la faillite, entreprise locale sur laquelle repose apparemment toute l'économie de la ville et qui a à sa tête Eva, la mère de Karine qui ne peut pas encaisser Aksel, toute persuadée qu'elle est que c'est lui qui a massacré sa gamine 20 ans auparavant.

Bref je ne vais pas vous faire un dessin, c'est compliqué... Oh et puis si, justement ! Puisque c'est compliqué, je vais vous faire un dessin :

ACQUITTED de Siv Rajendram Eliassen & Anna Bache-Wiig [critique]

Ainsi, ACQUITTED est loin, très loin de l'adaptation d'un quelconque "polar scandinave" (récemment promu sous-genre littéraire devenu marque déposée pour bandeaux promotionnels).

En effet, pour en avoir lu quelques uns (trop ?), ces fameux "polars venus du froid" (Appellation Ouvertement Cliché) pourraient difficilement hériter d'une mention "tout public".

Non, non, non : ACQUITTED serait plutôt une saga familiale, dans la lignée de nos illustres et ancestrales versions estivales comme JALNA, LES CŒURS BRÛLÉS, LES YEUX D'HÉLÈNE, LE CHÂTEAU DES OLIVIERS, DOLMEN, ZODIAQUE (tout ça + INTERVILLES...) ou plus récemment JUSQU'AU DERNIER (merci Cinétrafic de raviver de vieux souvenirs refoulés que j'espérais enfouis à jamais).

ACQUITTED de Siv Rajendram Eliassen & Anna Bache-Wiig [critique]

Alors c'est sûr que si vous vous attendez à un truc glauque, trash, gore ou déviant (voire tout à la fois) qui pousse violemment à la misanthropie, vous risquez d'être franchement déçus.

Surtout si, en parallèle, vous êtes en train de vous faire l'intégrale de HOUSE OF CARDS sur Netflix ! Alors si c'est le cas, ACQUITTED est vraiment très mal barrée pour souffrir la moindre comparaison. Et mieux vaut ne pas tenter l'expérience sans une grosse préparation mentale et physique... Et ce même si l'on peut trouver ici quelques similitudes avec la série cultissime TWIN PEAKS (avec l'entreprise SolarTech à la place de la scierie, Karine Hansteen à la place de Laura Palmer, ou le Grand Hotel à la place de l'Hotel du Grand Nord...).

Mais si vous êtes amateur du genre, vous allez vous éclater. ACQUITTED est surtout une bonne grosse saga de l'été avec tous les ingrédients inhérents au genre : de la dynastie familiale, de la superbe baraque ou du loft-témoin Ikea (Scandinavie corporate), du très lourd secret, des histoires de gros sous, du passif irrésolu entre les personnages, du remplissage de pellicule (faut bien les tenir les 10 épisodes de 45 minutes), du mensonge, de la jalousie, de l'amour, de la rancoeur, du sexe, de l'intrigue vaguement policière, de l'adultère (condition sine qua none pour faire du sexe : les couples mariés sont très chastes... Ceci explique peut-être d'ailleurs cela).

Bref, tout pareil qu'ici mais en Norvège quoi.

Alors point de prises de vue sur des piscines à débordement sur la Méditerranée, sur des champs de lavandes qui sentent la cigale, la pétanque et le Pastaga, sur les falaises d'Etretat ou sur des mégalithes armoricains (voire... Non pas tout à la fois, faut pas pousser. D'ailleurs rares sont les paysages picards ou lorrains à avoir eu le privilège de se voir sublimer par ces grandes sagas qui fleuraient bon le terroir qui fait rêver et le linge sale en famille... Coïncidence ? Ségrégation ? Ne tiendrait-on pas là le sujet d'un vrai débat de fond ?).

Ici vous jouirez donc de splendides travellings aériens sur les fjords (ce qui n'est franchement pas dégueu à regarder non plus) et sur la ville imaginaire de Lifjord, la bien nommée (coïncidence ?...).

ACQUITTED de Siv Rajendram Eliassen & Anna Bache-Wiig [critique]

Et si vous n'êtes pas amateur du genre mais que, pour un motif quelconque (mariage de raison avec une personne qui ne partage pas du tout vos goûts, mariage d'argent avec une personne très âgée, mariage d'amour avec un(e) psychopathe qui vous séquestre et vous torture psychologiquement ? Ou bien tout à la fois si vous êtes mormon ou que votre conjoint est schizophrène) vous vous lancez à corps perdu dans cette série, vous pourrez toujours trouver le moyen de vous marrer (sauf avec le ou la psychopathe, déconnez pas) :

– le jeu des sosies :

Retrouvez les clones de Kirsten Dunst, de Hank Shrader dans BREAKING BAD, de la fille cachée d'Anggun et Tia Carrere, d'Erika Berger dans la version suédoise de MILLENIUM (ah ben non, pour elle ça ne marche pas : c'est la même actrice) et de Karine Hansteen, la fille qui est morte il y a 20 ans (bon, là aussi, c'est peut-être parce que c'est la même actrice qui joue les deux rôles... Un peu comme Laura Palmer et sa cousine Maddie d'ailleurs).

– le jeu des dialogues rigolos :

Lars à sa femme Inger, épousée en secondes noces (gare aux clichés de la petite fouine manipulatrice et vénale...) :
– On a de quoi grignoter ?
– M-hm *acquiescement*

Alors il ouvre le frigo et se prend... une bière (mais pour contre-balancer, Lars n'apparaîtra plus tard à l'écran que lorsqu'il est en train de manger... "Et les mecs, c'est la pause déjeuner, si on allait filmer Lars ?")

Finn le policier à Eva, la mère de Karine :
– Tu te souviens qu'on avait retrouvé de la peau sous les ongles de Karine ? Et bien la science a fait de nombreux progrès depuis 20 ans et peut-être qu'on pourrait connaitre l'ADN de la personne que Karine a griffée ce soir-là. Je connais un labo qui pourrait nous aider.

Tu connais un labo ? Mais c'est toi la police !!!!!!! Pourquoi faire appel à un labo privé ?!!?!!??? Ils n'ont pas pu écrire un truc pareil ! Alors c'est que les gars étaient bourrés à la traduction... Ou bien que tout a été traduit par un logiciel sur internet. Ou par un logiciel de traduction automatique bourré.

Finn (encore et toujours) à Aksel :
– Je n'ai jamais douté de ta culpabilité, espèce d'ordure.
Finn, scène suivante, à Eva :
– Tu ne peux pas accuser Aksel sans preuve.

"Faites ce que je dis, faites pas ce que je fais" ou de l'absence totale de présomption d'innocence comme prétexte à ne rien glander de ses journées et à ne surtout pas chercher un autre suspect.

– le jeu de l'incohérence du scénario aka le jeu des "pourquoi ?!?" :
• Pourquoi la vieille mère d'Aksel à demi-jetée (mais que quand ça l'arrange) répète-t-elle à qui veut bien l'entendre et photos de bébés à l'appui que Tim (le fils d'Aksel et d'Angie) et son deuxième fils Erik se ressemblent comme "de vrais jumeaux" ?...
Je veux bien qu'une grand-mère cherche toujours à voir ses enfants dans le visage de ses petits-enfants. Mais là y'en a quand même un qui est scandinave, l'autre qui est asiatique et les deux acteurs n'ont strictement aucun lien de parenté...
• Pourquoi utiliser des titres d'épisodes qui spoilent la trame narrative... "Mauvaise piste" par exemple ?
• Pourquoi Per Olav (qui n'a rien à voir avec un célèbre bonhomme de neige déguisé en prêtre), tabasse-t-il Åse pour la punir ? Imaginez qu'on vienne accuser votre nana d'avoir divulguer des photos d'une fille à poil, morte peu de temps après le shooting sauvage il y a 20 ans, et qu'il se trouve que vous n'êtes en rien impliqué ni dans le meurtre, ni dans la prise des clichés. Votre premier réflexe sera-t-il donc de corriger votre copine pour le seul besoin de mettre le téléspectateur sur une fausse piste (comme le titre de l'épisode l'indique) ?
• Pourquoi Aksel passe-t-il son temps à essayer de résoudre cette affaire vieille de 20 ans au point qu'au bout d'un moment, il n'est même plus au courant de ce qui se passe dans l'entreprise ? N'était-il pas juste censé racheter une partie de SolarTech et rentrer chez lui ? Depuis quand des patrons, qui, de leur propre aveu, sont "les méchants" (je n'invente rien) sont-ils aussi laxistes ?
• Pourquoi Aksel, réputé être un loup de la finance impitoyable, cède-t-il au misérable coup de pression de son fils qui ne veut en réalité rester à Lifjord que parce qu'il fait des cochonneries dans Helene Hansteen, la nièce de Karine ?... Comme son père à l'époque d'ailleurs puisque, rappelons-le, il s'agit de la même actrice (Freud s'éclaterait...).
• Pourquoi l'analyse ADN du t-shirt qu'Aksel portait le soir du meurtre et qu'Erik avait enterré revient-elle avant l'analyse ADN de la peau retrouvée sous les ongles de la victime qu'on attend depuis 6 épisodes ?

– le jeu du combo (dialogues improbables + scénario en roues libres) voire le jeu du "comment les choses dégénèrent et prennent des proportions tout à fait exagérées de façon totalement soudaine et incompréhensible" (bref, le jeu du  "Well, that escalated quickly") :

• Mai-Britt à son fils Aksel :
– Tu n'aurais jamais du revenir.
Tu n'aurais jamais dû venir au monde.
Tu étais un accident.

Gratos !

Angie se barre d'une fête en bagnole.
Aksel la rejoint... en se téléportant ?

Il devait pas y avoir une scène entre les deux moments, juste histoire de lui laisser le temps d'arriver ? Ou bien les maisons sont-elles mitoyennes et dans ce cas la présence de la voiture est-elle véritablement justifiée ?

Ils s'engueulent sur leur parking :

Elle : C'était ta petite amie ?!?
Lui : Oui et alors ? C'était il y a longtemps...
– Ça veut dire que son témoignage ne vaut rien parce qu'elle était amoureuse de toi et qu'elle aurait donc fait n'importe quoi pour te sortir de taule.
(Elle sait de quoi elle parle : la bougresse est avocate)
– Tu dis n'importe quoi.
– D'ailleurs, elle est toujours amoureuse de toi. Ça veut dire que tu couches avec elle !

Waouh, et professionnelle de la déduction magique aussi donc.

Et elle se barre à nouveau en bagnole (Pour... Quoi ? Pour aller... Où ? Mys...tère).

ACQUITTED de Siv Rajendram Eliassen & Anna Bache-Wiig [critique]

– le jeu du cliché :
Tiens, et si on rajoutait un g à la fin des noms pour sonner asiatique (Leong... Degang...)

– le jeu de la post-synchronisation avec :
• de sublimes bruits de bouches et de versement de liquides divers et variés étrangement amplifiés.
• de l'aberration en VF :

Aksel présente Angie à sa maman et elle tombe sur des photos de Karine.
Angie : Qui est-ce ?
Mai-Britt s'adressant à Aksel : Dis-lui de lâcher immédiatement ces photos.
Aksel : On s'en va.
Angie : Qu'est-ce qu'elle a dit ? Je ne comprends pas.

Ah ben oui, c'est sûr : en VO, elles ne parlent pas la même langue !

– le jeu du "on tourne en rond quand est-ce qu'on arrive ?" :
• Eva, prototype de la mère qui a perdu un enfant et qui est donc obligée d'être dépressive et hystérique, alterne logiquement entre agressivité vindicative et abattement... Alors le coup du "Avoue que c'est toi" chanté sur tous les tons, au début c'est rigolo mais au bout de la 7ème fois, on craque un peu.
• Tout le monde passe son temps à hésiter sur tous les sujets et sans aucune raison d'un épisode à l'autre... Tellement qu'on en arrive à des extrémités comme n'en avoir plus rien à cirer... Parce que parfois le mieux est l'ennemi du bien, que 10 épisodes c'est peut-être un poil long et que tout pouvait être aisément torché en moitié moins de temps (mais on ne tient pas toute une saison avec 5 épisodes).

Alors même si je ne suis pas cliente de ce genre de feuilletons, je mentirais si je disais que je ne me suis pas laissée prendre au jeu (la faute aux paysages nordiques, au fait que Nicolai Cleve Broch et Alexandre Astier sont des jumeaux de bouches, à Tobias Santelmann et ses faux airs de Statham en "moins trop" qui ont un effet ridiculement irrationnel sur moi ?), malgré un scénario prévisible, des sophismes (voire des non-sens) et de nombreuses longueurs.

ACQUITTED possède donc toutes les qualités et les défauts caractéristiques des grandes sagas télévisuelles familiales de l'été (voire les qualités de leurs défauts, ou l'inverse).
Mais dans le genre, ACQUITTED n'a vraiment pas à rougir.

ACQUITTED de Siv Rajendram Eliassen & Anna Bache-Wiig [critique]
ACQUITTED (FRIKJENT)

Créé par : Siv Rajendram Eliassen, Anna Bache-Wiig / Genre : drame, policier / Nationalité : norvégien / Éditeur : M6 SND

Casting : Nicolai Cleve Broch, Susanne Boucher, Lena Endre...

Date de sortie en vidéo : 6 Avril 2016 / Durée : 10 x 45min

Publié dans série, dvdtrafic

Commenter cet article

adèle 30/04/2016 21:45

Vous avez bien raison de citer Freud, comme souvent les problème de sexe et de famille ( voir les deux) sont de tout temps le ressort des plus grande histoires ( les Atrides notamment, les grecs ne se sont pas tromper). Il est toujours question d'Oedipe mal dégrossi. Il faut cesser le déni et se regarder en face. Ce type de série peut par projection noys éclairer sur notre propre vécu.

Franck 30/04/2016 21:41

j'aime bien les sagas Surtout celles qui me font voyager. Il y a souvent des histoires de famille dans mon milieu alors ça me rassure de voir celles des autres.

refman 30/04/2016 21:39

Merci infiniment, de spuligner cette nouvelle lubie du "polar qui vient des pays froid". Ce nouveau Label de littérature est abérant et ni plus ni moins qu'un bandeau de "com". C'est sans doute jeter de la poudre aux yeux ( Rémi), ce qui entraîne la négligence pour d'autres auteurs ou d'autre type de littérature. C'est faire du lecteur un consommateur et non un goûteur d'art.

LéaS 30/04/2016 21:35

Encore une fois, c'est brillant, juste, intelligent et bourré d'humour. Vous savez démonter les processus, vous êtes une généticienne du cinéma oú vous nous régalez à sequencer le génome de la saga de l'été qui vient "des pays froid".

coucousine 30/04/2016 21:32

Jalna...cette évocation est merveilleuse...Bravo pour l'arbre généalogique policière. Comme toujours plein de petites phrases sur un ton tellement drôle, qu'on aimerait en faire: une adaptation théâtrale!!!