PRISONERS de Denis Villeneuve avec un loup-garou qui aime l'Ice Tea et un cow-boy qui a un problème avec la météo... [critique]

Publié le par Odi-Wan

En tant que dévoreuse d'histoires sordides via bouquins glauques, docu abjects ou films non moins dégueu (qui aime donc se faire mal le tout recroquevillée sur fauteuils divers et variés), j'avais vraiment très envie de voir "Prisoners" de Denis Villeneuve.

Alors voilà, maintenant je suis déçue... Et énervée aussi (contre moi mais pas que) : en effet, peut-être est-ce parce qu'encore une fois, je ne l'ai pas vu en VO ? Peut-être est-ce parce qu'on a vaguement l'impression que c'est la même personne monocorde qui double le flic, le père et la vieille (Nicolas Canteloup aka "monovoice" qui mènerait une sorte de double vie trépidante : mauvais imitateur le jour / mauvais doubleur la nuit ?!?) ? Peut-être parce qu'il n'aurait pas fallu engager une adolescente bourrée hystérique et incohérente pour doubler la mère (Oui c'est complètement pléonastique) ? Peut-être parce qu'on peut définitivement dire qu'une mauvaise VF peut tuer tous les efforts de jeu d'un acteur (voire de tout un casting) ? Peut-être enfin parce que la monotonie de la totalité des autres personnages fracasse complètement le rythme du film ?

Bref, on l'aura compris (vraiment ?), j'ai les boules après la VF (c'est bon, j'ai poussé ma gueulante, ça va mieux).

On se rend donc compte, au bout de 2h30, que tout ceci aurait pu être torché en facilement 45mn de moins et que ces 45mn de trop ne servent pas à faire monter la tension ou à entraîner une quelconque réflexion philosophique sur le bien et le mal (faut pas déconner : ça reste un thriller) mais juste à créer des longueurs.

Longueurs où on s'ennuie sec et où on en vient à penser aux différentes tortures qu'on infligerait au ravisseur présumé de nos gamins (ou à l'équipe de doublage), et à faire passer Hugh Jackman pour un petit joueur -au mieux-, pour une petite ... -au pire-). Quand je dis que ce genre de films représente un sacré exutoire qui fait remonter nos instincts les plus vils, évitant ainsi tout passage à l'acte...

PRISONERS de Denis Villeneuve avec un loup-garou qui aime l'Ice Tea et un cow-boy qui a un problème avec la météo... [critique]

Pour en revenir au film à proprement parler, voyons un peu les personnages :

En ce qui concerne les rôles féminins... Comment dire ? Entre les deux gamines désobéissantes qui se font enlever, les mères, incarnations passablement ostentatoires de la lâcheté humaine ("on dirait qu'on saurait rien et qu'on le laisserait faire parce que ça nous arrange bien quand même que quelqu'un fasse autre chose que se morfondre ou allumer des bougies"), qui ne servent à rien (dont une qui met approximativement 15mn à complètement lâcher la rampe et qui passe la quasi-totalité du film à gober des médocs dans son pieu après avoir pris soin de bien balancer à la gueule de son mec son sentiment d'insécurité (à elle) dû à son incapacité (à lui) à protéger leur famille, que si elle lui avait coupé les testicules avec un sécateur rouillé ça aurait été presque aussi douloureux) et la tante bien sûr, personnage hautement positif s'il en est. Loin de moi l'idée d'adhérer au féminisme inutile (celui qui se trompe de combat) mais force est de constater que les femmes ne sauveront pas le monde ici, qu'on est loin de la louve combattive et prête à tout pour sauver sa progéniture et que ça pourrait même apporter de l'eau à certains moulins.

Passons maintenant à l'antagonisme des personnages paternels : l'un incarne le pathos et la dramatisation inefficaces (et que je larmoie toutes les 2 scènes), tenant ici véritablement le rôle féminin-gnangnan du film (à l'instar des deux fillettes, les personnalités maternelles ayant été kidnappées lors de l'écriture du scénario) et l'autre va jouer au bonhomme en pétant assez rapidement une durite.

Ainsi, on n'arrive pas à ressentir de réelle empathie envers ce père de famille pourtant dévasté ni de véritable haine envers l'agresseur présumé, même si l'on pense un peu à Edward Norton dans Peur Primale sur le départ (ça peut paraître bizarre mais vous comprendrez très rapidement pourquoi s'il vous prend l'envie de regarder le film).

Et c'est là le grand intérêt de l'histoire ! Au final, on ne sombre pas dans la compassion : nous nous retrouvons comme lui, le cul entre deux chaises, partagés entre le désir de vengeance aveugle, l'envie de connaître la vérité à tout prix (et à grands coups de lattes) et la crainte omniprésente de se tromper... En effet, s'il était sûr et certain de la culpabilité du type, il pourrait s'en donner à cœur joie (et nous avec) mais il finit irrémédiablement par douter, nous renvoyant subitement à la tronche tout le poids de notre humanité (n'est pas un monstre sanguinaire qui veut !). Tout ceci crée un sentiment de malaise et de frustration, une impression désagréable et finalement tellement logique, évidente...

Enfin, en ce qui concerne le flic, à part dire que c'est clairement un rôle à Oscar de la meilleure actrice puisque Jake Gyllenhaal s'est enlaidi, qu'il a super bien travaillé le tic oculaire et qu'il est vraiment nul en poursuite... Il se révèle être tout de même assez déroutant, jouant le stoïcisme et le détachement teintés d'une grosse propension à l'ultra-violence lui aussi.

Comme quoi, les deux personnages principaux ne seraient pas si différents que ça au final, l'impulsivité du passif non résolu s'opposant juste à la préméditation quasi-froidement calculée liée au drame très très présent (ce qui semble quand même étrange puisqu'à aucun moment, contrairement à Aragorn dans A History Of Violence, on ne nous parle d'une quelconque expérience de tueur à gage chez ce père de famille, menuisier de son état, qui pourrait justifier son calme apparent, sa froideur, sa détermination voire son opiniâtreté à mettre en place un plan pas tout à fait ordinaire alors qu'on attendrait (et qu'on comprendrait d'ailleurs aussi) plus de spontanéité irréfléchie de sa part).

PRISONERS de Denis Villeneuve avec un loup-garou qui aime l'Ice Tea et un cow-boy qui a un problème avec la météo... [critique]

Bref. En conclusion, l'idée était bonne et l'intention louable mais il manque quand même quelque chose : du rythme, de la tension, n'importe quelle astuce de mise en scène qui nous rendrait plus compatissants, plus complices également, une angoisse allant crescendo au fur et à mesure que les heures et les jours passent et que s'amenuisent les chances de retrouver les gamines en vie...

Un film à voir tout de même, en VO si possible, plus pour sa façon de traiter la colère que pour l'enquête elle-même.

Publié dans film, policier, thriller, psychopathe

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