Ode à la famille recomposée ou LES TROIS CRIMES DE WEST MEMPHIS d'Atom Egoyan [critique]

Publié le par Odi-Wan

Ode à la famille recomposée ou LES TROIS CRIMES DE WEST MEMPHIS d'Atom Egoyan [critique]

Un polar sorti en 2014 qu'il ne fait pas forcément bon voir lorsque sa confiance en l'humanité est ébranlée : il dépeint en effet, tout ce qu'il y a de plus vil chez l'Homme, en terme de chasse aux sorcières, de délation, d'affabulation et de faux témoignages.

Petit rappel des faits (bien horribles), tirés d'une histoire vraie (leur 3 petits Grégory à eux en somme... l'enfant pas le cocktail) :

En 1993, 3 gamins de 8 ans partent faire du vélo dans la forêt un après-midi. Il ne rentreront jamais : on retrouvera leurs corps nus, mutilés et ligotés dans la Vologne locale.

A partir de là, l'enquête s'oriente vers un triple meurtre rituel satanique et sur un groupe de coupables idéaux (3 ados entre 16 et 18 piges), plus ou moins limités socialement et/ou intellectuellement, branchés Heavy Metal et sciences occultes, grâce au témoignage pas vraiment fiable d'un camarade d'école des victimes.

En cela, le récit est très fidèle à l'article de Wikipedia.

Et ça n'est d'ailleurs pas vraiment du cinéma :

On serait plutôt sur du bon téléfilm bien sordide à souhait, sur de la reconstitution de faits ou du docu-fiction, avec quelques images en persistance rétinienne bien atroces (à moins qu'on ne kiffe les cadavres d'enfants massacrés) dont on se passerait bien au moment du coucher (certaines scènes peuvent heurter la sensibilité des parents de petits blondinets de 8 ans).

Ode à la famille recomposée ou LES TROIS CRIMES DE WEST MEMPHIS d'Atom Egoyan [critique]

Plus que du cinéma américain à proprement parler, on est là face à du cinema-vérité, qui hésite tout du long entre plusieurs genres, où se mêlent le film de prétoire, le thriller et le film policier.

Cela donne un mélange de tout à la fois très linéaire, du procès, de l'enquête, de la contre-enquête et des interrogatoires, et un peu bordélique (n'est pas Oliver Stone qui veut).

En terme de contre-enquête, incarnée par un Colin Firth particulièrement transparent, détective privé engagé par la défense, c'est quand même ultra léger : ok c'est le seul qui se soit apparemment tapé les videos des 12 mille heures d'interrogatoire, ok c'est lui qui débusque le couteau offert aux journalistes par le beau-père d'une des victimes (sosie de Nicolas Cage), ok il cherche désespérément le contact avec Reese Witherspoon (qui interprète plutôt bien la mère "américaine moyenne" un brin vulgos d'un des trois garçons) en lui lançant des regards appuyés et entendus genre "on s'est trop compris, on est trop malins et subversifs à ne pas croire en la culpabilité de ces suspects tout désignés mais on va quand même bien bien fermer nos gueules" (bon, sans spoiler, pour elle, ça peut se comprendre).

A trop vouloir être exhaustif dans le traitement de tous les points de vue, le film prend le risque de désincarner ses personnages : on ne sait trop s'il prend le parti de la recherche d'une vérité qui dérange, de la compassion ou de la condamnation et il nous perd souvent dans cette espèce d'ascenseur émotionnel un peu raté, alternant maladroitement intensité dramatique (voire légèrement racoleuse) et froideur et recul nécessaires à l'investigation.

En bref, à trop vouloir jouer les bons élèves en voulant trop en montrer, il perd de vue son sujet : la quête de la vérité envers et contre tout (mais n'est pas Erin Brockovich qui veut non plus).

Avec une matière aussi tragiquement forte, cette volonté de précision factuelle rend la performance des acteurs quasiment accessoire, comme dans tous ces docu-drama inhérents aux magazines télévisés de faits-divers (ce qui est d'autant plus dommage lorsque l'on essaie de se désintoxiquer de ce genre de programmes).

Concernant le DVD, la version française s'avère au final être la version québécoise (si facilement identifiable pour quiconque a un jour visionné un DIVX, grâce à tous les mots à consonance anglo-saxonne prononcés avec cet accent caractéristique tellement éloigné de notre anglais franchouille).

Et, sans qu'il y ait une véritable corrélation entre l'origine de la version et le résultat, à la limite, heureusement que c'est horriblement mal doublé : ça enlève un peu de tragique au sujet et de degueulasserie au propos.

Les trois crimes de West Memphis

Réalisé par : Atom Egoyan / Genre : Drame, policier / Nationalité : Américain / Editeur :Rimini Editions

Casting : Reese Witherspoon, Colin Firth, Alessandro Nivola...

Date de sortie en vidéo : 7 Octobre 2014 / Durée : 1h54min

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