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WHITNEY de Kevin MacDonald [avis]

WHITNEY de Kevin MacDonald est un documentaire présenté en Séance de minuit au Festival de Cannes 2018, sorti en salles le 05 Septembre 2018 et disponible en DVD et Blu-Ray depuis le 9 janvier, ainsi qu'en VOD grâce à ARP Sélection.

WHITNEY de Kevin MacDonald [avis]

Comme son nom l’indique (parce que s’il s’était agi de Paula Abdul le titre eut été un peu con), le film retrace durant près de 2h le funeste destin de Whitney Houston, de son enfance dans un quartier pauvre de Newark à sa mort tragique dans un hôtel de Beverly Hills, en passant par le succès, la désintox et la gloire.

Pour ce faire, le réalisateur évite habilement l’écueil du docu-fiction dégueulasse avec moult mauvaises reconstitutions et doublages improbables, en mêlant témoignages face caméra de personnes ayant côtoyé la star et images d’archives de la chanteuse (clips, interviews, concerts, passages télé, vidéos personnelles...) pour étayer leurs propos.

Le récit chronologique des participants est également entrecoupé de titres interprétés par Whitney dans lesquels s’imbriquent des images historiques pour ancrer l’œuvre dans son époque. Ainsi, alors qu’au début de la chanson, les images sont plutôt positives puisque présentant des événements joyeux ou festifs, la fin du morceau tressaute jusqu’à la rupture, se brisant pour laisser la place à des événements nettement moins funky comme la guerre, la misère, les émeutes et le port de baskets Buffalo, le tout se voulant comme une subtile parabole du parcours de Whitney...

Enfin, surtout la première fois : le procédé, par ailleurs plutôt bien foutu, ayant légèrement tendance à perdre de son impact lorsqu’il est répété plus avant dans le film.

Alors, outre la voix, la beauté, le talent et les problèmes de drogue, que nous apprend ce documentaire ?

Et bien sans véritablement spoiler car tout le monde en a parlé lors de sa sortie (même Wikipedia), LA révélation du film, celle que le réalisateur semble subodorer dès le départ et qu’il parvient à obtenir au bout d’un ingénieux dispositif de maïeutique, c’est que Whitney aurait été victime d’abus sexuels durant son enfance... Ce qui expliquerait tous ses maux, de sa dépendance à la drogue à son incapacité à assumer sa maternité ou son homosexualité et à prendre un bain sans se noyer...

Parce qu’avoir une famille complètement dysfonctionnelle, rongée par l’ambition, vivant à ses crochets et viciée par le fric n’était pas suffisant pour la faire plonger et lui maintenir la tête sous l’eau ? Parce qu’une ascension si fulgurante, si jeune, si mal entourée, cernée par les rapaces et les arrivistes, tout en portant le poids d’être la première artiste noire, femme et américaine de surcroît, à atteindre un tel niveau de renommée mondiale, s’attirant parallèlement les foudres du racisme aussi bien de la part de certains blancs que de certains noirs parce que trop claire de peau, n’aurait pas pu expliquer qu’elle puisse péter convenablement les plombs (toute ressemblance avec Michael Jackson, avec lequel elle était bien copine du reste, serait évidemment parfaitement fortuite) ? Parce qu’en plus d’être noire, femme, américaine et surexposée, le fait qu’elle eut été sinon lesbienne tout du moins bisexuelle ça ne faisait pas un peu beaucoup pour l’époque et pour un seul être humain ? Parce que tout cela mis bout à bout n’était pas assez trash et sensationnel ?...

Et dans la foulée, cette révélation absout également son frère, lui aussi censément victime des mêmes attouchements par la même personne, ce qui justifie totalement qu’il ait pu foutre sa petite sœur dans la coke jusqu’au cou.

Malheureusement (ou heureusement, c’est selon), le bourreau de ces deux enfants n’étant plus là pour confirmer ou infirmer les allégations prononcées dans le film, ces révélations resteront pour le moins vaines tant il apparaît dès lors compliqué de faire la lumière sur ce traumatisme, d’en sauver les victimes et d’en punir éventuellement le coupable.

Le film nous apprend donc ça... et que Bobby Brown est tout de même une sacrée tête de con (le documentaire est peut-être légèrement à charge du coup).

On découvre ainsi une certaine forme de déterminisme social et familial qui ne serait pas pour déplaire à un certain Emile Zola et surtout un gâchis monumental pour elle mais aussi pour sa fille qui suivra la même voie 3 pauvres années plus tard, celle de l’overdose dans une baignoire et pas celle du succès musical planétaire.

WHITNEY est donc un documentaire intéressant qui mérite largement d’être vu tant il ne fait ni l’hagiographie ni le procès de la star, la montrant comme un être humain qui, mieux entouré, moins ruiné physiquement, psychologiquement et financièrement par ses proches, en d’autres temps, d’autres lieux, avec un héritage familial un poil moins merdique et des fêlures un peu moins grosses aurait peut-être pu avoir une destinée nettement moins tragique.

Dans la série « et si on racontait la vie de vrais gens qui ont vraiment existé », retrouvez EDMOND parmi les meilleurs films de l'année à venir. Et DRAGONS 3 aussi (quoi ? Si : Krokmou, il existe !).

Et dans un autre genre, les frissons bientôt à l'écran, retrouvez HAPPY BIRTHDEAD 2 YOU, une suite avec au moins deux jeux mots dans son titre.

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