IT FOLLOWS de David Robert Mitchell [critique]

Publié le par Odi-Wan

IT FOLLOWS de David Robert Mitchell [critique]

C'est l'histoire de Jay qui couche avec son petit copain à l'arrière d'une bagnole.

Le problème c'est qu'il lui a refilé une saloperie. Pas le genre qui gratte, qui pique et qu'après ça brûle ou qui déglingue le système immunitaire de façon définitive, non : plutôt le genre où une "chose" va se mettre à la suivre à n'importe quel moment en prenant l'apparence de n'importe qui (connu ou inconnu, mort ou vivant, habillé ou à poil, vieux ou jeune, en bonne santé ou plus très frais...).

Le côté "positif" (si on peut l'appeler comme ça) c'est que contrairement à la chtouille, si elle couche avec quelqu'un d'autre, elle lui passera le relais (et toute la merde qui va avec) et qu'elle en sera débarrassée. Sauf que si la "chose" le ou la chope (et la rétame, en la pliant en 12, par exemple, comme la nana du début), la malédiction reviendra sur elle...

Elle est lente mais elle est pas conne.

Hugh, le petit copain en question, qui, après l'avoir volontairement infectée, va quand même lui expliquer ce qui l'attend... Parce qu'il est comme ça, le Hugh, c'est un mec sympa quoi.

IT FOLLOWS de David Robert Mitchell [critique]

Imaginez Wes Craven (pour les codes du teen horror movie) qui rencontrerait Charles Burns (pour la malédiction sexuellement transmissible comme dans Black Hole), qui rencontrerait Danny Boyle (pour le main theme qui fait drôlement penser à celui de Petits meurtres entre amis), qui rencontrerait Quentin Dupieux (pour l'atmosphère visuelle et musicale), qui rencontrerait Max Brooks et Slender (pour le côté entité flippante qui serait pas sous amphétamines), qui rencontrerait David Lynch (pour l'aspect Twin Peaks), qui rencontrerait Walter White (pour le mec à poil sur le toit), qui rencontrerait Rob Reiner (et plus généralement les teen movies des années 80, pour l'absence d'adultes et l'ambiance mélancolique), qui rencontrait Stephen King (pour le "It"), qui rencontrerait finalement David Robert Mitchell (le réalisateur, pour ceux, là-bas au fond, qui auraient pas lu l'affiche)... Et bien, vous aurez un vague aperçu de ce que It Follows peut donner.

Une œuvre magnifiquement filmée, terriblement angoissante, qui a l'intelligence de ne pas donner d'explication et de laisser le spectateur se démerder pour essayer de comprendre (ou pour échafauder des théories et s'écharper ensuite sur le net avec ceux qui ne sont pas d'accord).

Un film à voir plusieurs fois (parce qu'au premier visionnage, on est trop occupés à fouetter sa mère en faisant "petit trou" avec ses mains devant les yeux pour véritablement tout bien piger... Surtout quand on est obligés de mettre 75 fois "pause" à cause d'enfants insomniaques... Et chiants).

IT FOLLOWS de David Robert Mitchell [critique]

Un film qui s'amuse avec les angoisses des personnages (et, celles du spectateur), qui joue habilement sur les points de vue, créant une tension inimaginable pour mieux surprendre (mais sans tomber dans la mécanique du Jump Scare systématique) avec une sublime BO électro qui s'associe parfaitement à l'image, superbe, et ses plans larges, fixes ou rotatifs, qui nous forcent à scruter, même si on n'en a pas envie, tenaillés par la peur, pour créer une dynamique lancinante de trouille.

Car le réalisateur, grâce à un talent indéniable dans ses prises de vue, arrive à mettre le spectateur dans le même état que l'héroïne, dans cette attente paranoïaque que "La chose" apparaisse, jusqu'à ce plan final, subtilement malsain, où l'on passe de chassé à chasseur.

Un film d'horreur magistral.

Publié dans film, horreur, It follows, trouille

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Weeest 23/06/2016 05:03

Hoop! direct dans mes favoris ce blog !
Tres bonne critique car cest un film magistral comme tu l'écris si bien.
Au dela de "It Follows" et de tout ce qu'il y a a dire sur cette réalisation et interprétation, tes critiques en général sont tres honnêtes ! Tu dis tout haut ce que tout Le monde pense tout bas et sans délicatesse (ca fait du bien de savoir qu'on est pas le seul a avoir insulté l'héroïne du bide commercial "La 5eme vague") , il nous faudrait des gens comme toi en politique ou dans les médias.

Nio 21/07/2015 16:36

"(pour la malédiction sexuellement transmissible comme dans Black Hole)"

Une oeuvre magistrale qui capte le mal-être et les problèmes inhérents au sexe (MST évidemment mais aussi problèmes relationnels dans un couple, etc) le tout dans un noir et blanc et un graphisme à couper au couteau. Tout l'art de Burns d'instaurer le malaise tient non seulement à ce graphisme mais aussi à l'histoire et ce qu'elle sous-tends ainsi que les icones développées et répétées tout le long que ce soit en début de chapitres ou dans les rêves des protagonistes qui nous feraient presque accéder à une autre dimension. It follows en est l'un de ses fiers héritiers.

Elo 21/07/2015 16:45

Black Hole est une œuvre très forte en effet ! Une belle claque littéraire (juste après la claque cinématographique de It Follows, histoire de rééquilibrer la douleur au niveau des deux joues) XD
D'un côté comme de l'autre, on sort des sentiers battus avec l'absence de la sempiternelle explication fleuve qui plombe bon nombre de récits fantastiques (et de thrillers aussi d'ailleurs)... Ça fait juste du bien, de temps en temps, de pas être pris pour des gros cons ;)

Nio 21/07/2015 16:30

"Surtout quand on est obligés de mettre 75 fois "pause" à cause d'enfants insomniaques... Et chiants"

VALIUUUUUUUUM ! :D

Elo 21/07/2015 16:38

Tarte dans la gueule !!!!!!!! XD

Nio 21/07/2015 16:27

Quelle belle chronique, je n'aurais pas dit mieux, bravo !
Et il y a encore des références qu'on pourrait évidemment placer je pense mais ce sont celles qui ont été les plus vite repérables (Carpenter et Cronenberg en tête). N'en disons pas plus, gardons ce bel obet de frayeur dans sa gangue de mystère. :3

Elo 21/07/2015 16:33

Merci !!!
Disons que je n'aime pas faire du name dropping pour étaler une culture que je n'ai pas donc je ne parle que des références qui me sont véritablement venues à l'esprit. ^^
Je crois d'ailleurs que le type a suffisamment de talent pour qu'on apprécie son (chef d') œuvre comme ça, nature :)