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LA DÉBÂCLE d’Emile Zola [contre-profil d’une œuvre] #1

PREMIÈRE PARTIE.

Où Maurice Levasseur devient copain avec son caporal Jean Macquart, et où l’armée française fait montre d’une stratégie tellement exemplaire qu’elle finit par se replier sur Sedan où ses soldats se préparent à se faire copieusement maraver la bouche.

LA DÉBÂCLE d’Emile Zola [contre-profil d’une œuvre] #1

Après sa tentative de paternité avortée dans LA TERRE, Jean Macquart, 39 ans, se réengage dans l’armée pour aller défoncer du prussien. Il est réintégré en tant que caporal, ce qui n’est pas du goût d’un de ses soldats, Maurice Levasseur, un engagé volontaire pour expiation qui, non content d’avoir tué sa mère à la naissance et également son père, par procuration, en craquant tout son pognon au lieu de terminer ses études de droit, le considère comme un bon gros abruti de cul terreux. Alors que, ironie du sort, rappelons que Jean n’a jamais été considéré par les-dits culs terreux comme un des leurs, sa femme en tête. Et ça, ça s’appelle le karma (ou simplement être un Macquart).

Pour compléter son escouade appartenant au 106ème régiment du 7ème corps, il y a Chouteau « l'artiste, le peintre en bâtiments de Montmartre, bel homme et révolutionnaire, furieux d'avoir été rappelé après son temps fini », Loubet le gros deconneur, Lapoulle « le colosse, la brute poussée dans les marais de la Sologne » qui est con comme une bite, et Pache « arrivé d'un village perdu de la Picardie, chétif et la tête en pointe », très croyant, et de la gueule duquel tout le monde se fout, forcément. Et un peu plus loin on trouve Gaude qui casse les couilles avec son clairon, le lieutenant Rochas, le capitaine Beaudoin et le général Douay.

LA DÉBÂCLE d’Emile Zola [contre-profil d’une œuvre] #1

Notre joyeuse bande suit donc le mouvement de l’armée française menée par un Napoleon III désespéré sous Prozac :

C'était, en effet, contre la vitre, une apparition de face cadavéreuse, les yeux éteints, les traits décomposés, les moustaches blêmies, dans cette angoisse dernière.

Ainsi, au gré des fake news qui, comme leur nom l’indique, annoncent n’importe quoi, ils battent tantôt en retraite vers Paris, repartent tantôt vers la Lorraine via la Champagne et les Ardennes, souvent à pied, parfois en train, tout en priant de ne pas se trouver dans celui conduit par Jacques Lantier à la fin de LA BÊTE HUMAINE. Ils errent donc dans une stupéfiante débandade constante et un bordel très peu organisé contrairement aux prussiens qui, eux, sont obéissants, bien rangés et disciplinés, un peu comme des fourmis ou des allemands (ou des fourmis allemandes).

LA DÉBÂCLE d’Emile Zola [contre-profil d’une œuvre] #1

Florilège des chroniques d’un désastre annoncé :

— Nous sommes fichus! dit-il à Jean, pris de désespoir, dans une soudaine et courte lucidité.
Puis, comme ce dernier élargissait les yeux, ne pouvant comprendre, il continua à demi-voix, pour lui, parlant des chefs:
— Plus bêtes que méchants, c'est certain, et pas de chance! Ils ne savent rien, ils ne prévoient rien, ils n'ont ni plan, ni idées, ni hasards heureux… Allons, tout est contre nous, nous sommes fichus ! (...)

Une démoralisation dernière achevait de faire de cette armée un troupeau sans foi, sans discipline, qu'on menait à la boucherie, par les hasards de la route. (...)

Ah ! Cette armée de la désespérance, cette armée en perdition qu'on envoyait à un écrasement certain, pour le salut d'une dynastie ! (...)

Mais qu'exiger de troupes mal commandées, démoralisées par l'attente et la fuite, mourantes de faim et de fatigue?

Au fil du temps et d’une blessure au pied due à l’achat intempestif de chaussures-souvenir un poil trop rigides, rapportées d’un des bleds traversé et retraversé (voire re-retraversé) lors de leurs pérégrinations, Maurice et Jean vont finalement devenir copains.

Ainsi, pendant la première partie du bouquin, ils marchent, bouffent, subissent des ordres complètement contradictoires, ont la trouille d’aller au combat, sont soulagés de battre en retraite, paument le ravito, ont faim, retournent sur leurs pas, se prennent de bonnes rincées, crèvent de chaud, se mangent de grosses rafales de vent dans la gueule, reretournent sur leurs pas, se préparent à se battre et puis finalement pas, maudissent l’empereur, sa femme et le p’tit prince, se repréparent à se battre sur les ordres de cette pute d’impératrice planquée à Paname, avancent, reculent (comment veux-tu, comment veux-tu que les prussiens... capitulent ?).

Tant est si bien qu’ils finissent par en avoir tellement plein le cul qu’ils en viennent à souhaiter la bataille et la mort comme un soulagement et une ultime délivrance, surtout histoire d’arrêter d’être pris pour des gros faisans.

Ils voulaient se battre, se faire casser la tête, plutôt que de continuer à fuir ainsi à la débandade, sans savoir où, ni pourquoi.

Et tandis qu’ils poireautent comme des cons que la quasi totalité de l’armée passe la rivière à la queue leu-leu sur un tout petit pont de fortune, Maurice a l’idée d’emmener Jean, affamé, bouffer chez son oncle qui habite non loin de là.

S’incruste alors Honoré, le cousin de Maurice, qui avait pourtant juré de ne jamais refoutre les pieds au domicile paternel, et pour cause !

Quelques années auparavant, il était désireux d’épouser Silvine, la servante de son père, dont il était fou amoureux et réciproquement. Mais les histoires d’amour finissent mal en général, et chez Zola systématiquement : après avoir essuyé un refus ferme et définitif de la part de son père, et plutôt que d’en venir à le buter, Honoré s’engage en Afrique. Silvine, malade de chagrin, se retrouve alors enceinte de Goliath, le pote prussien d’Honoré, sans qu’elle-même sache si elle y avait véritablement consenti ou pas. Et, devenue fille-mère (le courageux papa ayant préféré s’enfuir avant l’accouchement), elle se décide enfin à écrire une lettre à Honoré pour lui dire qu’elle l’aimait, qu’elle l’aime et qu’elle l’aimerait, un peu comme Francis Cabrel.

Du coup, une fois Jean et Maurice repus et endormis sur la table, rêvant sans doute aux doux récits de pillages magnifiquement angoissants que Silvine vient juste de leur rapporter, Honoré lui annonce qu’il consent à l’épouser quand même et à accepter son mioche, une fois que toute cette merde sera finie. Ce qui fait forcément craindre le pire pour leur espérance de vie.

Et soudain, nos trois compères sont contraints de se barrer fissa car il n’est plus question de franchir la rivière mais de se replier sur Sedan (toute ressemblance avec le lieu où Napoleon III va se prendre une putain de branlée contre la Prusse est totalement fortuite).

Il était cinq heures. Le 7e corps entra dans Sedan, ivre de fatigue, de faim et de froid.

Arrivés dans la ville, Jean paume Maurice au milieu du bordel cataclysmique qui y règne mais, dans un semi-coma d’épuisement et mu probablement par un dernier instinct de survie et un ultime relent de dignité qui l’empêche de s’effondrer dans la rue comme sa sœur Gervaise, il finit par trouver le domicile d’Henriette et son mari, la sœur jumelle de son nouveau BFF.

elle, si chétive, dans son effacement de cendrillon, avec son air résigné de petite ménagère, le front solide, les yeux braves, du bois sacré dont on fait les martyrs.

Là, ils mangent, sans réellement sans rendre compte, et piquent enfin dans un vrai lit un petit roupillon d’une bonne douzaine d’heures.

A son réveil, désormais convaincu de la défaite prochaine, Maurice fait un gros caprice avec des vraies larmes, un peu comme un gamin qui ne veut pas aller à l’école (même si le gamin court sans doute moins le risque de se faire buter qu’un soldat à Sedan, le 1er Septembre 1870) et annonce qu’il ira pas d’abord, qu’il va bouder très fort et même déserter, et que l’empereur, il a qu’à bien aller se faire voir chez les bataves...

Est-ce que ce n'est pas à pleurer des larmes de sang, ces défaites continuelles, ces chefs imbéciles, ces soldats qu'on mène stupidement à l'abattoir comme des troupeaux?

Maurice Levasseur, incorrigible optimiste.

Pour finalement se laisser persuader par son réformé de beau-frère de l’importance d’aller dézinguer un maximum de prussiens même si c’est peine perdue, tout en philosophant sur la nécessité de se mettre sur la gueule avec ses voisins.

LA DÉBÂCLE d’Emile Zola [contre-profil d’une œuvre] #1

Si tous les peuples ne formaient plus qu'un peuple, on pourrait concevoir à la rigueur l'avènement de cet âge d'or; et encore la fin de la guerre ne serait-elle pas la fin de l'humanité?

Vous avez 4h.

Jean part donc rejoindre son régiment, flanqué de son copain que le sommeil a nouvellement rendu légèrement schizophrène. Là tous s’endorment plus ou moins facilement, résignés car bien conscients qu’ils vont se faire laminer le lendemain.

Puis, comme Jean le regardait, il ajouta avec une tranquille certitude, les yeux au loin dans l'ombre:
— Oh! moi, demain, je serai tué.

FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE.

À suivre...

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