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LA PETITE POULE ROUSSE d’à-peu-près la version irlandaise du conte traditionnel...

Il était une fois un renard qui n’avait qu’une seule et unique obsession : se taper une poule.

Mais attention, pas n’importe quelle poule : une poule ROUSSE !

Mais attention, pas n’importe quelle poule rousse : une PETITE poule rousse.

N’y avait-il dans son patelin qu’un unique exemplaire de poule miniature au plumage de feu ou bien n’existait-il qu’une seule poule rousse de petite taille ?

Etait-ce parce que, dans la version américaine d’origine russe du conte, elle avait eu l’impudence de préparer un gâteau sans le partager avec ses petits copains qui avaient préféré ne rien glander au lieu de lui filer un coup de main ?

Le renard imaginait-il qu’elle serait plus goûtue que les grandes ? Que les blanches ? Que les noires ? Que les chamarrées ?

Ou bien était-ce seulement car elle résistait encore et toujours aux vils prédateurs ?

En tous les cas, une chose était sûre et certaine : tel Coyote avec Bip-Bip, le renard n’avait d’yeux que pour La Petite Poule Rousse.

Le problème c’est que cette petite poule rousse était particulièrement méfiante : elle fermait toujours immédiatement sa porte à clé lorsqu’elle partait vaquer à ses occupations de petite poule, s’enfermait tout aussi subitement lorsqu’elle rentrait chez elle et rangeait inexorablement sa clé dans la poche de son tablier dans laquelle elle conservait également une paire de ciseaux, du fil et une aiguille. Car oui, parfaitement : la petite poule rousse portait un tablier, vaquait, coupait, cousait, reprisait et habitait une maison en dur avec une porte munie d’une serrure.

LA PETITE POULE ROUSSE d’à-peu-près la version irlandaise du conte traditionnel...

Un jour que le renard observait son manège, il eut subitement une illumination...

Mais il préféra toutefois attendre le lendemain pour mettre son mystérieux plan machiavélique à exécution, sans aucune raison si ce n’est qu’il n’était désormais plus à un jour près. Il regagna alors la tanière familiale parce que, bon, les petites poules avaient beau habiter des maisons, les renards continuaient à vivre dans des trous évitant ainsi toute forme de désorganisation sociale.

Aussi, le lendemain, il fit une annonce officielle à sa vieille mère qu’il n’avait sans doute pas vue la veille au soir alors qu’ils habitaient ensemble car elle était sûrement sortie faire la teuf avec ses copines :

— Mère, je m’en vais de ce pas finalement attraper cette petite pute de poule rousse.
— Ouais d’accord, comme tous les jours.
— Non mais cette fois, c’est pour du vrai : j’ai un plan !
— Ouais d’accord, comme tous les jours.
— Non mais cette fois, c’est un plan infaillible !
— Oui, oui... Par contre, quand tu auras fini de t’amuser, tu pourras passer à la pharmacie me prendre du Doliprane et du Citrate de Betaïne : j’ai une gueule de bois à faire pleurer Serge Gainsbourg.
— Oui maman...
— Et puis chez le boucher aussi, récupérer la commande que j’ai passée hier.
— Oui maman... Mais par contre, toi, tu te tiens prête hein : tu mets de l’eau dans la marmite et tu fais en sorte qu’elle soit bien bouillante quand je reviendrai !
— Mais oui mon fils, bien sûr...

Muni d’un grand sac pour faciliter le transport du volatile prochainement capturé, le renard partit faire le guet à quelques encablures du domicile de la poulette.

LA PETITE POULE ROUSSE d’à-peu-près la version irlandaise du conte traditionnel...

Ainsi, lorsque cette dernière sortit pour ramasser du bois d’allumage dans son jardin, il profita que la porte ne soit pas verrouillée pour se glisser discrètement à l’intérieur de la maison.

Euh... La plus prudente des petites poules n’aurait pas verrouillé sa porte ? Mais... Mais... Mais... N’a-t-il pas été dit, il n’y a pas cinq paragraphes, qu’elle la fermait SYSTEMATIQUEMENT à clé ?

C’était donc ça, le plan machiavélique et infaillible de cet abruti de renard : parier sur une erreur de la poule ? Compter sur un bon gros coup de moule du destin ? Deviner que sa proie allait pour la seule et unique fois de sa misérable existence laisser sa porte ouverte pile ce jour-là ?... Ah il est beau le chasseur habile et rusé !

Du coup, serait-il totalement insensé d’émettre l’hypothèse que le renard usurpait quelque peu la solide réputation dont il jouissait... et que sa mère avait de sérieuses raisons de picoler ?

Il se planqua donc à l’intérieur de la maison de La Petite Poule Rousse et attendit. Lorsqu’elle revint, elle ne s’inquiéta nullement d’avoir laissé la porte ouverte et annonça à voix haute :

— Ouh la la, comme j’ai eu chaud ! Maintenant que je suis en sécurité à l’intérieur de ma maisonnée, je vais bien vite fermer mon huis à double tour.

En effet, la petite poule rousse racontait souvent sa vie à un interlocuteur imaginaire, tant et si bien qu’on pouvait se demander si elle ne passait pas ses soirées à se murger avec la mère du renard.

Lorsqu’elle se retourna, ce dernier se jeta sur elle avec son gros sac mais, dans un incroyable élan d’instinct de survie, la petite poule voleta jusqu’à se percher tout en haut de l’armoire.

Mais... Mais... Mais... C’est complètement con !

N’aurait-il pas pu d’abord la choper, l’assommer ou la buter et ensuite la mettre dans son sac ? Était-il obligé de pénétrer dans sa demeure pour commettre son forfait ? Existait-il une loi qui interdisait d’attraper les poules en extérieur ?... Non mais je t’en foutrais du prédateur habile et rusé !

Du coup, serait-il totalement insensé d’émettre l’hypothèse que la solide réputation dont il jouissait était carrément usurpée... et que sa mère et la poule rousse avaient de sérieuses raisons d’être totalement alcooliques ?

Se sentant pousser des ailes et des pulsions suicidaires, cette dernière se mit à narguer le renard, car, il faut bien l’avouer, il n’était tout de même pas très doué.

Mais le renard, ayant remarqué l’haleine avinée du petit gallinacé lors de sa première tentative de capture avortée et se sentant quant à lui pousser des sursauts d’astuce, se mit à tourbillonner sur lui-même. La poule, au lieu de détourner son regard, fut comme hypnotisée par le cirque de son ennemi. Elle le fixa tant et tant qu’elle finit par dégobiller partout et perdre connaissance, tombant directement dans le sac que le renard avait pris soin de laisser grand ouvert juste en dessous de son perchoir.

Ce dernier referma le sac aussi sec, le mit sur son dos et, d’un pas décidé, alla tout de go s’encastrer dans la porte de l’armoire. Il décida alors de rester sagement assis quelques instants, le temps de reprendre ses esprits. Une fois rasséréné, il s’en retourna vers sa tanière, non sans avoir pris soin de défoncer la porte d’entrée de la maison de la petite poule rousse qui, rappelez-vous, l’avait fermée à clé.

Mais le chemin était long, pentu et sinueux et le renard était fatigué par tant d’efforts physiques et intellectuels. Il décida de faire une pause et, frappé de narcolepsie, il s’endormit.

La petite poule rousse, évanouie dans le sac et dans son vomi, revint peu à peu à elle. Entendant le renard ronfler, elle comprit qu’elle avait peut-être un coup à jouer pour échapper à ce merdier : elle prit calmement les ciseaux dans sa poche, découpa sa prison de toile et en sortit. Au lieu de détaler comme un lapereau supersonique jusqu’à sa maison et de s’y enfermer, elle préféra mettre une grosse pierre dans le sac. Elle le recousit ensuite avec le fil et l’aiguille qu’elle conservait toujours dans la poche de son tablier. Puis, elle se grouilla de se cacher car le renard déjà se réveillait.

Et c’est à ce moment-là que la poule lui adressa un splendide bras d’honneur.

Et c’est à ce moment-là que la poule lui adressa un splendide bras d’honneur.

Il remit le sac sur son dos en se disant que la poule devait avoir un sacré gros cul pour être si lourde. Tout le long du trajet, il se régala donc par avance du festin qu’il allait en faire avec sa mère qui, d’ailleurs, l’attendait de pied ferme à l’entrée de leur tanière. À la vue du gros sac bien rempli, elle oublia tout à fait la violente crise de foie qui la torturait depuis le lever et s’empressa d’aller soulever le couvercle de la marmite. Son fils s’en approcha, saisit le sac par le fond et l’ouverture puis le secoua énergiquement au-dessus de l’eau bouillante pour en faire tomber le contenu et cuisiner ainsi la première poule au vin et à la bile de l’histoire de la gastronomie.

LA PETITE POULE ROUSSE d’à-peu-près la version irlandaise du conte traditionnel...

Sauf qu’au lieu d’une cocotte, ce fut une caillasse qui tomba, éclaboussant la mère et le fils qui quittèrent les lieux et la région en hurlant à la mort, un peu carrément comme dans la version soft (ou Disney, c’est pareil) des TROIS PETITS COCHONS lorsque le loup finit propulsé dans le conduit de la cheminée par sa brûlure au cul et non pas dévoré par les porcs.

Bon là, ok, ils sont morts.

Bon là, ok, ils sont morts.

La petite poule, poussant de grands éclats de rire sardoniques et flippants, s’en retourna chez elle et vécut heureuse même si elle avait désormais perdu sa compagne de beuverie.

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