AMERICAN SNIPER de Clint Eastwood [critique]

Publié le par Odi-Wan

AMERICAN SNIPER de Clint Eastwood [critique]

Un film propagandiste-patriotique-God bless America-alleluia ?

Ben non : c'est un film de guerre. Et oui : la guerre c'est caca, ça tue plein de gens, même des enfants, ça traumatise ceux qui en réchappent (dans un camp comme dans l'autre) et même que ça fait bobo aussi.

AMERICAN SNIPER de Clint Eastwood [critique]

Alors c'est vrai qu'Eastwood ne prend pas précisément le temps de donner dans le consensuel en montrant que la population civile en chie des ronds de chapeaux. Mais putain, on n'est pas des moules : on s'en doute bien bordel !

Et ce n'est tout de même pas uniquement les gentils américains contre les méchants musulmans... Bon d'accord, c'est un peu les gentils américains contre les méchants terroristes (et si ça c'est pas consensuel...).

Après je crois qu'on peut difficilement comprendre, nous européens tout habitués historiquement que nous sommes à nous en prendre plein la gueule, à quel point le 11 Septembre a pu faire mal au cucul des américains (même si ça nous avait mis une belle giflasse aussi), ce patriotisme, ce besoin de protéger son pays des méchants envers et contre tout.

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Mais Eastwood ne cherche en aucun cas à justifier la guerre, il fait le choix de nous raconter le destin d'un mec, Chris Kyle (parfaitement interprété par Bradley Cooper, l'homme à la gueule de bois) entraîné volontairement dans la tourmente d'un fait historique, avec ses forces et ses faiblesses, ses doutes et ses obsessions, au delà des quelques 160 cadavres à son actif de tireur d'élite.

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D'ailleurs même le personnage de la femme du héros trouve ça marrant 5 minutes (tant qu'elle a pas de gosses quoi) et est là pour essayer sporadiquement de le ramener dans le monde réel : il dit qu'il fait ça (dézinguer du vilain à l'autre bout du monde) pour elle et pour leur famille alors qu'elle, c'est tous les jours qu'elle a besoin de lui. Elle ne veut plus d'un héros absent (même si elle savait bien où elle foutait les pieds en l'épousant) pour la défendre d'une hypothétique attaque terroriste dans laquelle il faudrait vraiment qu'elle et ses gamins tombent au mauvais endroit et au mauvais moment, mais d'un héros du quotidien, qui assume et qui assure (mais c'est nettement moins glorieux et plus chiant, c'est vrai).

En ce sens, et grâce à ce personnage-là, on ne peut pas reprocher au film d'être manichéen et complètement pro "engagez-vous" (qu'ils disaient).

Bref, c'est bien filmé, malgré quelques effets de style franchement inutiles comme ce fabuleux ralenti sur la balle à la Matrix ou ce non moins magnifique plan sur le cadavre avec la symbolique hautement subtile du drap blanc flottant au-dessus ou encore la répétition systématique, à chaque fois que Chris rentre aux États Unis, du bruit qui le fait sursauter et qui montre qu'il est un peu flippé sur les bords (c'est bon, on a vu le film nous aussi, on a compris que ce qu'il a vécu était un petit peu choquant... Et même si on imagine bien que ce sont des réactions qui doivent être courantes chez les vétérans (et plus généralement les gens qui ont connu un conflit), il y a quelque chose d'artificiel dans leur mise en scène).

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C'est aussi prenant et pourtant, à un moment donné, on décroche et on se demande encore le pourquoi du comment c'est arrivé... Peut-être est-ce lorsqu'il cherche la cache des armes du mec, qu'il entend que ça sonne creux sous son pied mais qu'il va quand même d'abord inspecter le reste du carrelage de la pièce avant de soulever finalement le tapis à l'endroit de départ (pour - Oh quelle surprise ! - découvrir un véritable arsenal) ? Peut-être est-ce lorsqu'il passe de sniper à négociateur en chef alors qu'il s'est incrusté dans l'opération à la dernière minute (D'accord c'est un Navy Seals et les Navy Seals, ce sont les meilleurs mais quand même...) ? Peut-être est-ce à cause du poupon en plastique (niveau réalisme c'est loupé) ?

Et puis il y a la fin, un peu bâclée, un peu expéditive, où Eastwood enfile les clichés comme des perles (la petite fille aime les chevaux, le ptit mec joue aux skylanders, le père a le feu au slip, la mère ne porte pas de culotte... Oh mais merde, beaucoup de familles sont des stéréotypes alors !), histoire d'en rajouter sur la rédemption, l'injustice de la vie et l'ironie du sort... (bon ça reste tout de même super con de finir comme ça).

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Le tout pour qu'on comprenne bien qu'ils ont finalement tout pour être heureux, que le mec est devenu un bon homme, un bon mari et un bon père parce qu'il entraîne des vétérans au ball trap, qu'il culbute sa femme sans essayer de tuer le chien et qu'il fait deux activités de merde avec ses gamins (Emmener ma fille tâter du poney, Check. Emmener mon fils buter du daim, Check) et qu'on prenne bien toute la dimension dramatique du bordel (pas de spoiler ici : vu que c'est tiré d'une histoire vraie, on la connaît la fin).

Après il est vrai qu'il eût été fort intéressant de connaître l'histoire du jeune vétéran, sa vie, son œuvre, pour comprendre ses raisons, sa façon complètement différente de vivre le trauma (et de ne jamais s'en sortir donc)...

Mais je ne pense pas que ce fût le sujet que voulait traiter le Clint et qu'il a clairement préféré laisser le spectateur sur l'absurdité et l'incompréhension de ce geste, le côté dérisoire de toute vie humaine finalement et démonter quelque part la théorie du père du héros du début du film (celle qui définissait chaque individu comme un loup, un mouton ou un chien de berger) en montrant que tout n'est pas question de choix et que l'Homme peut être tour à tour les trois.

Publié dans film, guerre, Eastwood

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