"Shining" de Stephen King

Publié le par Elodie

"Shining" de Stephen King

Est-il raisonnable de lire Shining quand on est enceinte de 7 mois ?

Faut-il avoir peur des rideaux de douche ?

Doit-on nécessairement voir un parallèle entre ses antécédents alcooliques familiaux (que l'on sent irrémédiablement poindre au fond de soi après chaque cuite) et le personnage de Jack Torrance ?

L'art topiaire est-il véritablement une saloperie ?

Faut-il nourrir des craintes supplémentaires et consulter d'urgence un psy quand on a un enfant intelligent mais différent et sujet aux cauchemars (même éveillé) et aux terreurs nocturnes (même en plein jour) ?

Faut-il voir ici des références à cette pute de Vénus d'Ille de Merimée ou à n'importe quelle histoire qui fout la trouille d'Edgar Allan Poe ou de Maupassant ?

La progéniture d'un(e) alcoolique n'est-elle pas tout simplement condamnée à être victime de malaises vagales, de VPB et d'hallucinations ?

Est-on obligé de faire du name-dropping quand on écrit une chronique sur un blog ?

Les baignoires (de Psychose aux Diaboliques) et les grandes bâtisses vides (des Autres à Scoubidou) sont-elles forcément néfastes ?

Est-ce un goof ou en VO aussi, histoire de marquer la schizophrénie et le basculement dans la folie (ou d'y inciter le lecteur), Jack devient John et le bled de SidewinDer se transforme en SidewinTer (ou inversement) de temps en temps ?

Faut-il intenter un procès à vos parents parce que votre père avait eu la riche idée de se planquer dans la baignoire après que vous avez vu le-dit film Les Diaboliques (version Signoret, pas Adjani) quand vous étiez gamine, que la chambre 217 a ravivé en vous ce merveilleux souvenir et que vous ne pouvez de nouveau plus aller pisser la nuit (surtout si vos chiottes sont dans la salle de bains) ?

Le traducteur ne savait-il vraiment pas que Bugs Bunny disait "Quoi de neuf, Docteur ?" en français ?

Pourquoi cette connasse de la chambre 217 aurait-elle forcément la tronche un brin déconfite de votre grand-mère que vous avez enterrée il y a quelques mois (dans le plus pur et strict cadre de la légalité, dans un cimetière tout ce qu'il y a d'officiel, avec un grande partie des membres de votre famille et sans qu'aucun d'entre eux n'ait, a priori, attenté à ses jours) ?

Ai-je un problème avec la traduction en version française ?

Pourquoi ai-je moins de mal avec les gens en état de décomposition avancée, qu'avec les maîtres-chanteurs affectifs et autres connards manipulateurs et paranoïaques qui culpabilisent gratuitement leur entourage, l'emprise qu'ils ont sur lui et le syndrome de Padmé (ou de Stockholm aka "il y a toujours du bon en lui") qu'ils lui inspirent ?

La télékinésie ne serait-elle pas plus rationnellement une simple forme d'expression auto suggestive d'un delirium tremens mais à jeun ?

Pourquoi fallait-il que le bouquin soit bien plus flippant et violent que le film (qui constituait pourtant déjà un bon trauma) parce que 100 fois plus psychologique ?

Pourquoi est-ce que j'ai cru ma copine qui me disait "si t'as déjà vu le film, ça te foutra moins la trouille parce que les trucs qui font peur, tu t'y attends" (conversation totalement appropriée lors d'une banale surveillance de récré dans la cour d'une quelconque école maternelle) ?

Pourquoi cette histoire de haine, d'égoïsme, de démission et de lâcheté paternelle me met-elle tellement en colère ?

Pourquoi a-t-il fallu que je lise ce livre ?

Pourquoi vais-je me finir en lisant la suite ?

"Shining" de Stephen King

Parce que Stephen King a magistralement analysé sa propre période noire, parce qu'on n'en guérit jamais vraiment, parce qu'il démontre parfaitement comment la dépendance à l'alcool est obsessionnelle et détruit tout (poussant, certes, la métaphore un peu loin) et si vous voulez vous poser toutes ces questions (et plus encore selon votre propre histoire personnelle), j'ai un exemplaire planqué dans le congélo.

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Nio 09/10/2016 10:37

"La vie est dure, Danny.
Le monde ne nous veut pas de mal,
mais il ne nous veut pas de bien non plus.
Il se fiche de ce qui nous arrive."

Stephen King, Shining.

Un immense roman sur... l'alcool. Meuh si. Bon, très grand roman aussi. King a toujours pesté sur le film de Kubrick (ouais bon Stephen, tu te calmes un peu, ta scène avec les animaux taillés dans les arbres qui s'animent dans le livre, c'est impossible a faire dans un film de nos jours sauf à utiliser les images de synthèses et rappeler sur le produit fini ce petit gaulois qui s'appelle "Toupourrix". Pis ta fin de roman là, je suis désolé, c'est un peu bâclé, c'est quoi ce travail ?) mais rien à faire, même en adorant King ET Kubrick, j'adore le Shining de Stanley. Toute la dernière demi-heure dans la neige et le labyrinthe et le plan fantômatique (au propre comme au figuré) sur la photo finale, génie.

MJ 28/04/2014 12:12

"Pourquoi est-ce que j'ai cru ma copine qui me disait "si t'as déjà vu le film, ça te foutra moins la trouille parce que les trucs qui font peur, tu t'y attends" (conversation totalement appropriée lors d'une banale surveillance de récré dans la cour d'une quelconque école maternelle)" déjà ça c'est pas moi ^^. Et puis, vois le bon côté des choses, maintenant tu sais que la fin n'est pas tout à fait celle racontée par le film, et SK insiste bien dessus dans la préface de la suite. Docteur Sleep est la suite du livre pas du film.

Loutre Joviale 28/04/2014 15:04

Celle dite du syndrome de Padmé, juste avant l'auto-défonçage en règle :)
Tu vois, dès le début de la suite ça déconne niveau traduction : putain mettez-vous d'accord une bonne fois pour toute sur le nom des personnages !!! (Oui je m'attache à des détails sans importance)

MJ 28/04/2014 14:42

faut voir si on pense à la même, ma lecture de Shining est loin, je la rafraîchirais si j'ai le temps sinon tu t'en chargeras.

Loutre Joviale 28/04/2014 14:18

Je vais m'y atteler dès cet après-midi (faut battre le fer tant qu'il est chaud, paraît-il).
Mais dès que j'arriverai à m'éloigner de chez moi à plus de 50m ou à rester debout plus de 15mn sans me sentir mal, je serai ravie d'en discuter avec toi (parce que derrière le gore et les effets pyrotechniques finaux, on a tendance à oublier une scène qui est juste d'une tristesse insoutenable)...

MJ 28/04/2014 14:03

Disons surtout que sa façon de le dire, tu sens bien qu'il ne s'est pas reconnu du tout dans le film et qu'il a pris le temps pour le dire.

Loutre Joviale 28/04/2014 13:17

Pour la citation, c'est vrai que pour une fois, c'est pas toi ;)
Je me doutais bien que SK aurait écrit la suite de son livre et non pas celle du film de Kubrick (ou alors il aurait vraiment pété les plombs). C'est justement ça qui est intéressant dans la métaphore de la destruction totale (à grand coup de masse dans sa propre gueule ou à grand coup de chaudière XD)...